Des photos et des vidéos révèlent la peur et la violence à Kaboul

Les leaders talibans ont beau se dire pacifiques, cela ne se voit pas forcément dans les rues de la capitale afghane.

Des soldats talibans dans Kaboul, le 17 août 2021 @BelgaImage

Trois jours après la chute de Kaboul, la vie reprend peu à peu son rythme mais clairement, plus rien n’est comme avant. Les talibans l’assurent: ils accordent le libre passage pour se rendre à l’aéroport et ne sont pas hostiles aux femmes qui craignent le retour d’un régime similaire à celui de la fin des années 1990. Mais les images semblent raconter une autre histoire, comme en attestent des photos et des vidéos publiées par plusieurs médias internationaux.

Le chaos aux portes de l’aéroport

L’exemple le plus frappant concerne les alentours de l’aéroport, comme le raconte à CNN le photojournaliste du Los Angeles Times Marcus Yam. « Ce que j’ai vu était à l’opposé de ce que les talibans expliquent dans leurs discours« , explique-t-il en précisant avoir vu des soldats utiliser des armes à feu, fouets, bâtons et objets tranchants contre la foule aux portes du site. « La violence était arbitraire. On aurait dit qu’ils faisaient ce qu’ils voulaient. J’ai même vu un taliban rigoler en tirant dans la foule, comme si tout ça n’était qu’un jeu« .

Ses photos montrent notamment une femme évanouie par terre, alors qu’un homme tient un enfant le visage ensanglanté, lui aussi les yeux fermés. « C’était choquant à voir« , déclare-t-il, tout en ajoutant que les aspirants au départ sont de plus en plus fatigués à force d’attendre qu’un avion puisse les emmener dans un autre pays.

Les femmes confinées de facto

Ailleurs dans Kaboul, la situation n’est pas aussi chaotique mais elle n’est pas normale pour autant. Comme le constate une reporter de CNN, les habitants reviennent au grand marché du centre-ville mais les femmes sont devenues très rares, voire absentes dans les rues de la capitale afghane. Seuls les hommes parcourent la ville de 3,5 millions d’habitants et un type de magasin a vu son chiffre de ventes exploser: les marchands de burqa. Les talibans ont pourtant assuré que seul le port du hijab serait requis, pas celui de ce voile intégral. Mais manifestement, les habitants s’attendent quand même à ce que ce vêtement, imposé en 1996, soit de nouveau la règle. «Les affaires étaient bonnes avant mais maintenant, c’est encore mieux», assure un vendeur de burqa qui estime que s’il fait de si bonnes ventes, c’est parce que «les femmes sont effrayées».

La journaliste a ensuite rencontré une de ces femmes, une ancienne employée des Nations Unies, qui affirme ne pas être sortie depuis l’arrivée des talibans au pouvoir. Elle dit avoir envoyé de nombreux emails aux organisations occidentales pour lesquelles elle a travaillé afin qu’elle soit aidée, sans parvenir à avoir ne serait-ce qu’une réponse. «Ce n’est pas juste. Je pense à mon futur, à mes filles. Que va-t-il leur arriver s’ils me tuent?», se demande-t-elle.

Quelques rares femmes ont malgré tout osé manifester dans Kaboul pour réclamer le respect de leurs droits, comme le montre une vidéo d’un correspondant d’Al Jazeera en Afghanistan. Sans les nommer, quatre d’entre elles interpellent directement les talibans avec des pancartes. «Soutenez notre voix», «les femmes afghanes existent», «ne nous faites pas disparaître», peut-on lire dessus, le tout devant des soldats armés.

La suite des événements aura un impact crucial pour les relations entre les talibans et les Occidentaux. Le porte-parole du département d’État américain, Ned Price, a notamment affirmé que les États-Unis «allaient regarder les faits». «Les talibans font des promesses mais nous ne regarderons qu’une seule chose, ce sont les résultats».

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