Lionel Messi: un footballeur hors compétition

L’arrivée à Paris de la superstar risque de changer le football pour toujours. On ne parle pas ici d’exploits sportifs, mais de pouvoirs.

Lionel Messi. - AFP

Trophées collectifs (36 avec Barcelone ou l’Argentine) et records personnels (6 ballons d’or, 19 fois meilleur buteur d’Espagne, d’Europe ou de la Champions League, 567 buts et 126 passes décisives en 649 matches), tout plaide pour Leo Messi. Mais comment un des plus grands footballeurs de l’histoire, encore au sommet à 34 ans (meilleur buteur et ­passeur en Espagne et à la dernière Copa América) a pu atterrir en France, 5e au rang des championnats européens?

La réponse est d’abord à chercher en ­Espagne, royaume dévalué du foot. L’an dernier, agacé par une direction qui avait depuis longtemps perdu la tête, Messi avait voulu partir du FC Barcelone. Il aurait rapporté 100 millions au club. Mais, confirmant les mauvais choix de sa présidence, Josep Bartomeu a retenu l’Argentin et continué à creuser le déficit du club. Aux transferts dispendieux sans apports sportifs et à l’inflation injustifiable des salaires s’est ajouté le Covid et un stade vide de 100.000 personnes. Le Barca a perdu 481 millions en 2020 pour une dette totale d’1,35 milliard! Le retour de Joan Laporta, président des années triomphales 2003-2010, n’a pas pu retenir Messi, pourtant prêt à abandonner la moitié de son salaire. Ce sacrifice de 35 millions/an aurait fait baisser la masse salariale de 103 % à 95 % des revenus, encore trop pour la règle espagnole. Sans descendre ses salaires à 70 % des rentrées, Barcelone n’aurait pu inscrire aucun nouveau joueur (donc Messi libre de tout contrat). La situation est si désespérée que Gerard Piqué vient de renoncer à une part importante de ses rétributions pour permettre à Depay et Garcia, récemment transférés, de jouer dimanche. Les autres cadres du Barça vont suivre pour accueillir Aguero et Emerson. Ce sont donc les capitaines du club qui paient les recrues!

Mais si Messi, en pleurs en quittant Barcelone, a fraîchement salué Laporta, c’est que son ex-président, comme celui du Real Madrid, a refusé un deal avec le fonds d’investissement CVC qui, contre 2 milliards (270 millions pour le Barça), aurait obtenu 10 % des recettes de la Liga pour les 50 ans à venir. Tebas, patron de La Liga, y tenait pour empêcher les grands d’Espagne de continuer à rêver de Super Ligue. En refusant de soutenir ce projet de compétition fermée entre clubs huppés, le PSG s’est attiré la reconnaissance de l’UEFA qui a levé le fair-play financier. Pour tout arranger, la Fédération française de football a repoussé à 2023 la règle des salaires à 70 % des revenus. Rappelons que Nasser Al-Khelaïfi, président du PSG, est aussi membre influent de l’UEFA et du comité de la Coupe du monde au Qatar, représentant de la Ligue 1 et président de beIN, qui a acheté les droits TV du foot français. De Sarkozy soupçonné à Platini convaincu de corruption, la France a beaucoup aidé le Qatar, notamment à obtenir sa Coupe du monde. Cette puissance pétrolière est pourtant plus connue pour ses amitiés islamistes que pour son amour des droits de l’homme. Mais si c’est le prix pour gagner une Ligue des Champions juste avant 2022, le supporter parisien et l’émir du Qatar applaudiront ensemble cette sacrée remontada du PSG.

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