Afghanistan: les talibans, les nouveaux rois de la drogue

Avec leur prise du pouvoir en Afghanistan, vingt ans après en avoir été chassés, les talibans contrôlent désormais l'économie d'un pays plus dépendante que jamais à l'opium.

L'Afghanistan est le plus grand producteur d'opium. - AFP

C’est l’autre victoire des talibans… et l’autre échec des Etats-Unis. Alors qu’ils ont dépensé depuis 2002 plus de huit milliards de dollars pour venir à bout du trafic de drogue en Afghanistan, les Américains laissent l’un des principaux producteurs de stupéfiants au monde aux mains des combattants islamistes.

Son produit favori ? L’opium. Le pays est d’ailleurs, à lui seul, la source de près de 90% de l’héroïne mondiale, note Le Monde. L’an dernier, selon la dernière enquête de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, la superficie des terres afghanes affectées à la culture du pavot a augmenté de 37%. Une hausse probablement boostée par l’accord historique entre Donald Trump et les talibans en février 2020 de retirer les troupes américaines après près de vingt ans de guerre, mais aussi par la crise du coronavirus qui a plongé de nombreux secteurs licites au bord de la faillite.  

Développée massivement à partir du début des années 1990, cette narco-économie représente aujourd’hui un beau pactole: environ deux milliards de dollars de chiffre d’affaires, soit un montant équivalent à 10% du PIB national, souligne Jonathan Goodhand, professeur à l’University of London, dans The Conversation.

Points de passage stratégiques

L’augmentation de la production d’opium concerne principalement le Sud et l’Ouest du pays. Dans cette région se trouve la ville Lashkar Gah, capitale de la province du Helmand, principale zone de production d’opium en Afghanistan. Ce n’est pas pour rien que les talibans l’ont envahie, sans grande résistance, vendredi dernier, soit deux jours seulement avant la prise de la capitale Kaboul.

Dans leur offensive éclair, ceux que l’on appelle encore les insurgés se sont également concentrés sur les villes frontalières, comme Zaranj et Islam Qala, à l’importance économique considérable. Ces portes vers les pays voisins et le reste du monde constituent une grande source d’impôts puisque les droits d’importation représentent aujourd’hui environ la moitié des recettes intérieures du gouvernement afghan. Islam Qala, le principal point de passage vers l’Iran, génère à lui seul plus de 20 millions de dollars américains par mois.

Ainsi, le contrôle de ces points de passage clés remplit les poches des talibans, tout en leur permettant d’imposer des restrictions économiques sur les produits importés, tels que l’essence et le gaz. Ce qui leur donne une influence supplémentaire.

Et maintenant ?

Face à une telle manne financière, les nouveaux maîtres de l’Afghanistan ne risquent pas de vouloir ralentir cette économie de la drogue, dont les moteurs sous-jacents sont bien trop puissants. Avec toutes les conséquences sanitaires que cela aura sur le marché de l’héroïne, dans le monde mais aussi dans leur propre pays. Le nombre d’Afghans dépendants à l’héroïne et à l’opium ne cesse en effet d’augmenter. Ils étaient près de 2,4 millions – enfants compris – en 2015, contre un million en 2010 et 200.000 en 2005.

Ironie de l’histoire, les talibans, officiellement opposés aux drogues illicites, avaient banni la culture du pavot en 2001 quelques mois avant l’intervention américaine.

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