À quoi pourrait ressembler l’Afghanistan dirigé par les talibans ?

Les talibans ont déjà été au pouvoir entre 1996 et 2001, une période où la charia était strictement appliquée dans le pays.

Des combattants talibans à Kaboul. (Novosti)

Maintenant que les États-Unis ont retiré leurs troupes d’Afghanistan, le président du pays a pris la fuite et les talibans ont pu reprendre le pouvoir sans difficulté ce dimanche. Ils contrôlent désormais l’immense majorité du territoire et comptent y réinstaller leur régime d’autrefois, qu’ils appelaient Émirat islamique d’Afghanistan. C’est ainsi que le pays était nommé entre 1996 et 2001, jusqu’à ce que les forces militaires des États-Unis y débarquent après les attentats du 11 septembre.

Ces 5 années au pouvoir nous permettent aujourd’hui de regarder dans le rétroviseur afin de voir comment les talibans pourraient diriger le pays prochainement.

Profondément effrayant

John Simpson est journaliste pour la BBC et a beaucoup travaillé depuis l’Afghanistan taliban de l’époque, une période qu’il qualifie de « profondément effrayante ».

« La charia était appliquée partout dans ses formes les plus féroces. Les exécutions publiques, les lapidations et les fouets étant monnaie courante », se souvient-il. « Des bandes de justiciers se tenaient aux coins des rues, attaquant les hommes qui montrent leurs chevilles ou portent toute sorte de vêtement occidental. Les femmes ne s’aventuraient dehors que si elles ont une autorisation écrite des hommes et, bien sûr, elles devaient porter la burka qui englobe tout. »

En ce temps, le ministre de la Santé s’était même plaint que la Croix-Rouge avait refusé de fournir des chirurgiens pour couper les mains et pieds des voleurs, et que donc, il devait le faire lui-même.

L’accès aux médias et à la culture était également interdit. Le pays semblait avoir reculé dans le temps de plusieurs années. « Les talibans n’avaient pas les moyens d’importer du pétrole, donc les lumières les plus intenses le soir étaient les bougies que les gens mettaient aux fenêtres. Et les bruits les plus forts étaient les aboiements des meutes de chiens errants, abandonnés par leurs propriétaires. »

John Simpson se demande donc aujourd’hui si l’Afghanistan de ses souvenirs va reprendre vie ou si les talibans vont diriger le pays d’une façon un peu plus moderne. « Ont-ils retenu la leçon ? »

Ont-ils changé ?

En 1996, « l’Émirat » était dirigé par un groupe d’anciens rebelles, formé durant la guerre civile qui a frappé le pays dans les années 90. Dès leur arrivée au pouvoir, des combattants ont torturé puis tué l’ancien président, avant de pendre son corps en pleine ville sous un feu tricolore. Un acte terrible qui envoyait un signal pour les années qui suivirent.

Parmi leurs premières grandes actions, les talibans ont formé une sorte de police des mœurs, comme la décrit le Washington Post, sous le nom de « Promotion de la vertu et élimination du vice ». Ils étaient, entre autres, chargés de vérifier que les hommes se laissaient pousser la barbe, que les femmes portaient la burka ou que les écoles pour filles étaient fermées.

Malgré cette rigueur d’un autre temps, l’Afghanistan taliban a tout de même essayé de se faire une place sur la scène internationale, envoyant même un diplomate à une assemblée générale de l’ONU. L’émirat se donnait également des airs modernes en nommant un ministre de la Santé ou du Commerce, qui n’étaient finalement que d’anciens militaires. Un dilemme pour la communauté internationale. Il fallait réussir à dialoguer avec un pays dirigé par un régime répréhensible, car son peuple avait vraiment besoin de son aide.

Aujourd’hui, différents analystes disent que les talibans ne sont plus les mêmes qu’en 2001, lorsqu’ils ont été chassés du pays par les États-Unis. Le temps qu’ils ont passé hors du pays aurait étendu leurs horizons, faisant d’eux une organisation plus politique et plus ouverte à l’influence extérieure.

Cela ne semble en tout cas pas être la première analyse faite par la population de Kaboul, qui, à l’annonce du retour des talibans au pouvoir, a immédiatement choisi la fuite à tout prix, n’hésitant pas à se mettre en danger pour parvenir à s’échapper d’Afghanistan.

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