Bilan carbone négatif : un pays a réussi ce défi

Cela signifie que cet état élimine plus de CO2 qu'il n'en émet. Ce pays, c'est le Bhoutan.

Thimpu, la capitale du Bhoutan. (Agefotostock)

Cet été, peu ensoleillé en Belgique, restera marqué par de nombreuses catastrophes climatiques dans le monde : tornades, canicules, incendies, pluies torrentielles et inondations.

Un sacré signal d’alarme que donne le climat alors qu’au même moment, l’Union européenne essaye de s’accorder sur les façons de lutter contre le réchauffement et que le Giec publie la première partie de son très inquiétant rapport 2022.

Il n’a jamais été aussi clair que le monde entier doit limiter ses émissions de gaz à effet de serre, de CO2 principalement, et tendre, au plus vite, vers une neutralité carbone. 

D’ailleurs, aussi surprenant que cela puisse être, un pays a déjà réussi. Plus que ça, il affiche un bilan carbone négatif, c’est-à-dire que le pays élimine plus de carbone qu’il n’en émet. Et ce pays, c’est le Bhoutan.

Son secret: le BIB

Petit royaume, mais un peu plus grand que le nôtre, enclavé dans l’Himalaya entre l’Inde et la Chine, ce pays d’un peu moins de 800.000 habitants a plusieurs particularités dont beaucoup d’autres nations feraient bien de s’inspirer.

Tout d’abord, le Bhoutan vise non pas la richesse mais bien le bien-être de sa population via un indice crée en 1972 appelé « Bonheur National Brut ». Il se base sur quatre piliers majeurs, qui guident l’évolution du pays : 

  • Un développement socio-économique durable et équitable
  • La préservation de l’environnement
  • La préservation et la promotion de la culture
  • La bonne gouvernance

Des objectifs directement tirés des principes du Bouddhisme, religion largement majoritaire dans le pays, qui ont permis au pays aujourd’hui de pouvoir se targuer d’un bilan carbone négatif. « Nos monarques éclairés ont œuvré sans relâche au développement de notre pays, en trouvant un juste équilibre entre croissance économique et développement social, protection de l’environnement et préservation culturelle, le tout sous une bonne gestion gouvernementale », avait déclaré en 2016 Tshering Tobgay, à l’époque premier ministre, comme le rappelle National Geographic.

Par exemple, il est inscrit dans la constitution bhoutanaise que 60% du territoire doit être recouvert par des forêts, et que celles-ci doivent être protégées. Le pays détiendrait d’ailleurs le record du nombre d’arbres plantés par heure.

Un tourisme régulé

Un de ses secrets est la gestion du tourisme. Il n’a été autorisé qu’en 1974 et a été géré de manière peu habituelle, mais dans la droite lignée des valeurs nationales.

À moins de venir d’un pays proche, un visa est indispensable pour vous rendre au Bhoutan et coûte environ 34 €. Ensuite, vous ne pouvez pas organiser votre visite vous-même et aller où vous voulez. Vous devez le planifier via une agence de voyage agréé, qui vous demandera de payer entre 170 € et 210 € par jour là-bas. Une somme qui comprend votre chambre d’hôtel (3 étoiles. Si vous souhaitez plus de luxe, le coût quotidien augmentera évidemment), tous vos repas, un guide touristique agréé, du matériel de camping, de randonnée, vos trajets à l’intérieur du pays, mais également une taxe développement durable.

En effet, tout touriste doit s’acquitter de 65 $ par jour dans le pays. Un système qui permet au pays de financer les soins de santé et l’éducation, que le Bhoutan offre principalement gratuitement à sa population. Une taxe qui permet également au pays de gérer l’augmentation de l’afflux touristique tout en maintenant son bilan carbone négatif.

Pas si idyllique

Il faut tout de même remettre le Bhoutan dans son contexte.

S’il peut avoir l’air d’un petit paradis au milieu des montagnes comme cela, on parle tout même d’un territoire avec 20 habitants au kilomètre carré, peu développé sur de nombreux aspects. Il fait par exemple partie des derniers pays à avoir eu accès à la télévision, en 1999. 

Ensuite, son indice du Bonheur Intérieur Brut n’est pas sans conséquence. Tshering Tobgay, Premier ministre entre 2013 et 2018, a commenté que le pays devait faire face à plusieurs défis, causés par les priorités du BIB, notamment le chômage, l’endettement et la corruption. Il a tout de même continué d’en suivre les préceptes et en a vanté les mérites à plusieurs reprises sur la scène internationale.

Enfin, tout n’y est pas rose. Dans les années 80, le pays a décidé de ne plus reconnaitre ses, pourtant nombreux, citoyens d’origine népalaise, forçant ces derniers à l’exil dans des camps au Népal, suite à une longue histoire conflictuelle entre les deux nations. Le statut de ces réfugiés étant complexe, beaucoup ont migré vers d’autres pays d’accueil.
 

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