La directrice de Spa-Francorchamps Nathalie Maillet assassinée : un féminicide qui ne dit pas son nom

La directrice de Spa-Francorchamps Nathalie Maillet et une autre femme ont été retrouvées mortes ce dimanche matin. C'est le compagnon de Mme Maillet qui les aurait tuées.

Nathalie Maillet. - BELGA

Un double féminicide s’est déroulé la nuit dernière. Trois personnes ont été retrouvées sans vie à Gouvy, en province de Luxembourg, dont la directrice du circuit de Spa-Francorchamps Nathalie Maillet et une autre femme. Selon les informations de plusieurs médias, elles auraient été tuées par le compagnon de la première, dans la maison familiale, avant qu’il ne se donne lui-même la mort.

La bourgmestre de Gouvy Véronique Léonard a confirmé à l’agence de presse Belga avoir été prévenue par la police vers 2h30 dans la nuit de samedi à dimanche d’un double meurtre suivi d’un suicide au domicile de cette passionnée de bolides, à la tête du circuit depuis cinq ans. Toutefois les identités des victimes sur le territoire de sa commune ne lui ont pas été confirmées. Selon les informations de nos confrères de la DH, la troisième personne décédée serait la maîtresse de Nathalie Maillet, l’avocate Ann Lawrence Durviaux.

Un décompte non-officiel

Il ne s’agit pas d’un crime passionnel, d’un fait divers ou d’un meurtre par amour, mais bien d’un double féminicide, au caractère homophobe. Le quatorzième et le quinzième au moins depuis le début de l’année 2021. Comme Nathalie et sa maîtresse, Vinciane, Marga, Ahlam et d’autres femmes anonymes sont mortes sous les coups d’un homme, souvent leur (ex-)conjoint, selon le blog Stop Féminicides. Ce sont des associations de terrain, sur base uniquement des cas traités dans la presse, qui réalisent ce macabre décompte, non-officiel donc.

Pour l’instant, le féminicide est défini, notamment par l’ONU, comme le meurtre d’une femme, par un homme, parce qu’elle est une femme. « Nous savons que le féminicide est souvent le point final à une situation de violence entre partenaires ou ex-partenaires qui dure depuis des mois ou des années. À ce jour, il n’existe même pas de statistiques officielles sur les féminicides. Nous devons nous fier à la couverture médiatique et au travail de la société civile pour savoir combien de femmes sont tuées dans ces circonstances chaque année », déplore la secrétaire d’Etat Sarah Schlitz.

Bientôt de l’histoire ancienne? En tout cas, piloté par Schlitz, un plan d’action national contre les violences basées sur le genre doit être approuvé à l’automne. Il prévoit de définir ce qu’est le féminicide, afin de développer des politiques de lutte fondées sur des statistiques. Les crimes misogynes pourraient ainsi être comptabilisés officiellement dès 2022 en Belgique, annonçait la semaine dernière Le Soir.

Une première étape

Avant même de débattre de l’inscription ou non de ce concept dans le Code pénal, sa définition serait une première étape pour reconnaître – et donc lutter contre – ce phénomène complexe, qui a lieu dans un contexte de violences plus global, lié au système patriarcal.

La Belgique pourrait ainsi suivre l’exemple de la France, qui comptabilise chaque année le nombre de féminicides sur son sol. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a d’ailleurs annoncé début août que 102 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2020. 18% d’entre elles avaient pourtant porté plainte pour violences contre leur futur meurtrier. Ce genre de statistiques est donc impossible de déterminer – pour l’instant – dans notre pays.

Outre le décompte des féminicides, le plan d’action national prévoit de pérenniser ou de renforcer les mesures prises en novembre 2020 pour faire face à l’augmentation des violences masculines observées durant les confinements. Cela concernerait notamment l’anonymisation des numéros d’aide aux victimes sur les factures téléphoniques, le renforcement de ces lignes d’aide ou encore la rédaction d’une circulaire à destination des procureurs et des policiers. Des mesures concrètes qui seront maintenues plusieurs années, mais qu’on peut craindre largement insuffisantes pour venir à bout de ce fléau persistant dans notre société.

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