La sortie du nucléaire, une si bonne idée ? Le monde politique se prononce

La Belgique doit sortir du nucléaire en 2025 mais le projet ne fait pas l’unanimité même parmi les partis de la majorité. Le débat continue encore aujourd’hui.

La centrale de Doel. (Belga)

Longtemps ciblé par les partis écologistes comme l’ennemi numéro 1 du climat, le nucléaire devrait, si tout se passe bien, disparaître de notre pays d’ici quelques années. La décision a été prise par le fédéral en 2003, plus ou moins négligée, reportée et/ou mise de côté par les gouvernements suivants, mais désormais confirmée par nos ministres actuels. Le retour des Verts au pouvoir n’y est évidemment pas étranger.

Mais plus de 15 ans après que ce choix a été entériné, la position de beaucoup de personnes, experts et politiciens compris, a évolué sur ce mode de production d’énergie. Il est désormais vu par une partie de la population non plus comme « le grand méchant loup », mais bien comme le bon compagnon de route vers une Belgique plus verte et écoresponsable. À l’inverse, le temps a renforcé l’opinion des autres, toujours convaincus que c’est sans les réacteurs nucléaires qu’on pourra ralentir le réchauffement climatique et sauver notre planète.

Cet été, le sujet fait encore débat et même des membres de partis présents au sein de la coalition fédérale expriment publiquement des doutes sur la prochaine fermeture des centrales. Fin juillet, Georges-Louis Bouchez, président du MR, disait respecter l’accord du gouvernement, mais s’interrogeait tout de même sur le bien-fondé de la sortie du nucléaire. « Le MR a envoyé 20 questions à la ministre de l’Énergie. […] On veut un monitoring transparent pour connaître la faisabilité de cette décision sur le plan économique, environnemental et par rapport à la sécurité d’approvisionnement », expliquait-il à Sudpresse.

Les centrales au gaz, structures prévues pour pallier l’absence du nucléaire en Belgique, n’est pas la solution pour le libéral. « Tout le monde dit qu’il faut réduire les émissions de CO2, qu’il faut protéger la planète et décarboner l’économie, mais on dépose des permis pour créer des centrales au gaz un peu partout. Comment j’explique à ma voisine qu’elle doit moins prendre sa voiture, mais que l’on va lancer des centrales au gaz qui équivalent à la mise en circulation de centaines de milliers de voitures ? », ajoutait-il.

Plus récemment, c’est le président du cdH, Maxime Prévot, qui a tenu des propos similaires dans l’Écho. « Je comprends que les écologistes aient voulu imposer la fermeture intégrale faute d’avoir pu la préparer sereinement depuis 2003. Mais l’enjeu du nucléaire ne doit pas être regardé avec les mêmes lunettes qu’en 2003 . Aujourd’hui, il peut être un allié sérieux pour la diminution des émissions de CO2. »

Lui non plus n’est pas convaincu par l’alternative des centrales au gaz. « Les études les plus sérieuses indiquent qu’on serait en capacité de substituer l’intégralité de la production nucléaire en 2030, or les réacteurs ferment en 25. Pendant 5 ans au moins, on va devoir construire des turbines gaz-vapeur qui produisent plus d’émissions de CO2 que le nucléaire. […] On aurait dû conserver un cocktail énergétique dans lequel le nucléaire a une part. Une part décroissante, bien sûr. »

Position maintenue

Ce samedi, Jean-Marc Nollet, président d’Ecolo, s’est aussi exprimé sur la sortie du nucléaire dans les pages de l’Écho. Il confirme la position de son parti et du fédéral. « L’accord de gouvernement est très clair: le calendrier de sortie du nucléaire sera respecté. Quel est-il? Octobre 2021, la ministre de l’Énergie lancera un appel à projets pour la transition, fin novembre le gouvernement va analyser l’ensemble des réponses reçues. Si celles-ci sont suffisantes, Doel 4 et Tihange 3 fermeront en juillet et septembre 2025. » À l’inverse, il explique que s’il y a un problème d’approvisionnement, si la réponse du marché ne suffit pas, un ou deux réacteurs pourraient être maintenus encore un peu, « comme c’est prévu ».

Interrogé sur l’alternative du gaz, là encore, le Vert argumente qu’il s’agit bien de la meilleure alternative. « Remplacer le nucléaire par du gaz peut être contre-intuitif pour quelqu’un qui n’est pas averti. […] Oui, les centrales TGV produisent du CO2, mais non elles n’augmentent pas le total des émissions de CO2. Pourquoi? Pour le secteur électrique, les émissions sont comptabilisées au niveau européen. Dans un pot commun, ETS, qui détermine une trajectoire avec des quotas qui diminuent d’année en année. Les centrales TGV vont être de dernier cri, ce seront les plus efficientes, elles vont chasser les vieilles centrales au charbon allemandes ou polonaises du marché. »

Enfin, l’Ecolo a aussi réagi au fait que son parti maintienne une position anti-nucléaire datant de 2003 alors qu’on en connaît beaucoup plus sur le sujet des énergies de nos jours. « Si on parle d’un nouveau nucléaire, il nous faudrait trente ans. Notre position est pragmatique. Quels projets peuvent être mis en place à l’échelle industrielle dans des délais utiles par rapport au dérèglement climatique sans faire exploser la facture? Le nucléaire n’est pas une solution. L’objectif pour nous est d’atteindre les 100% d’énergie renouvelable, or le développement du nucléaire freine le développement du renouvelable ».

On n’en a pas fini…

Fin du nucléaire et construction de centrales au gaz, les deux sujets devraient continuer de faire débat, en tout jusqu’à ce qu’un plan concret et définitif soit fixé par le fédéral, en fin d’année.

Par exemple, Engie-Electrabel souhaite installer une de ces centrales à Vilvorde, mais sa demande de permis avait été refusée par le Brabant flamand. La société vient de faire appel. Il faudrait que la décision ne traîne pas, car le 30 septembre est la date butoir pour soumettre un projet au CRM, mécanisme qui rémunère les nouveaux moyens de production électrique. Si Engie ne peut pas soumettre son projet, elle pourrait tout simplement l’annuler.

Beaucoup y voient l’influence de la NV-A, auquel appartient notamment la ministre flamande de l’Énergie, Zuhal Demir. Le parti n’est pas favorable à ces centrales et plusieurs de ses élus se sont exprimés à ce sujet, notamment le député fédéral Bart Wollants, « les centrales à gaz doivent être le dernier recours. Il ne faut y recourir que s’il est vraiment impossible de faire autrement : personne ne souhaite défendre ces émissions ou y consacrer de l’argent. Nous estimons qu’il faut l’éviter. Tout le monde souhaite défendre le climat : agissons donc en conséquence ».

Un autre signe que le chemin vers une Belgique plus verte et moins dépendante des énergies polluantes sera encore semé d’embuches.

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