Inondations en Turquie: Erdogan sous pression

Au moins 27 personnes sont décédées dans des inondations survenues dans le nord de la Turquie, alors que le pays se remettait à peine d'incendies meurtriers.

Ces catastrophes naturelles représentent un enjeu politique pour Erdogan. - AFP

Des inondations d’une ampleur inédite depuis des décennies en Turquie ont fait 25 morts dans la province de Kastamonu, située au bord de la mer Noire, et deux dans celle, voisine, de Sinop. Un nombre indéterminé de personnes étaient par ailleurs portées disparues.

Ces inondations, causées par d’intenses précipitations dans la nuit de mardi à mercredi, se sont produites alors que la Turquie se remettait à peine de violents incendies qui ont fait huit morts et ravagé le sud touristique du pays. Pour nombre d’experts, les catastrophes naturelles comme celles qui se succèdent en Turquie risquent de devenir plus fréquentes et puissantes en raison du réchauffement climatique causé par l’activité humaine.

Signe de la gravité de la situation, le président Erdogan devait se rendre vendredi après-midi dans une des zones les plus durement touchées par les inondations, le district de Bozkurt, dans la province de Kastamonu, où un immeuble résidentiel de huit étages s’est notamment effondré.

« Jamais vu ça »

Choqués, certains rescapés commençaient à exprimer leur colère contre les autorités locales, les accusant de n’avoir pas réagi assez vite pour mettre les habitants en sûreté. « On nous a seulement dit de mettre nos véhicules à l’abri, car la rivière risquait de déborder. On ne nous a pas dit de sauver nos vies ou celles de nos enfants« , a ainsi déploré Arzu Yücel, dont les deux filles jumelles et les beaux-parents ont disparu après l’effondrement de leur immeuble. « Si on nous avait prévenus, nous serions partis en moins de cinq minutes (…) On ne nous a pas demandé d’évacuer« , a-t-elle ajouté en sanglotant, citée par l’agence de presse DHA.

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A la suite de précipitations nourries, le niveau de l’eau est monté jusqu’à quatre mètres dans certaines villes, selon les autorités, et les rues de villes entières se sont transformées en torrents charriant des voitures et toutes sortes de débris.

Adem Senol, âgé de 75 ans, a vu l’eau cerner en quelques minutes sa maison dans la province de Bartin. « Jamais de ma vie je n’avais vu une telle chose« , a-t-il déclaré à l’agence de presse étatique Anadolu. « L’eau est montée plus haut que nos fenêtres, a brisé notre porte et même le muret de notre jardin« , a-t-il ajouté.

Le ministre de l’Agriculture et des Forêts, Bekir Pakdemirli, avait déclaré mercredi que cette partie du pays faisait face à une « catastrophe jamais vue en 50 ou 100 ans« .

Face à la montée des eaux, les secours ont dû évacuer les 45 patients d’un hôpital de la région côtière de Sinop. Les images diffusées par les télévisions et sur les réseaux sociaux montraient des villageois réfugiés sur les toits de leurs maisons être évacués par hélicoptère. Plusieurs ponts routiers se sont par ailleurs effondrés après des glissements de terrain.

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Enjeu politique

Les services météorologiques prévoient une poursuite des précipitations sur les régions touchées pour le reste de la semaine. Les régions turques bordant la mer Noire sont fréquemment touchées par des inondations. Le mois dernier, six personnes étaient ainsi mortes à Rize, dans le nord-est.

Après les catastrophes naturelles à répétition qui ont frappé la Turquie, plusieurs responsables politiques et associations ont accentué la pression sur M. Erdogan pour qu’il prenne des mesures radicales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La Turquie fait partie des rares pays qui n’ont pas adopté l’accord de Paris sur le climat de 2015.

A deux ans d’élections qui s’annoncent déjà difficiles pour lui sur fond de difficultés économiques, ces catastrophes naturelles représentent un enjeu politique pour M. Erdogan.

Lors d’un déplacement dans les régions touchées par des incendies fin juillet, le président turc avait suscité un tollé en lançant aux rescapés des paquets de thé depuis le toit d’un autocar, ses détracteurs y voyant le signe d’un manque d’empathie.

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