L’Unesco s’insurge contre le projet de «Jurassic Park» indonésien

Le gouvernement reste sourd aux avertissements de l’institution onusienne qui craint des dégâts irrémédiables.

Un petit dragon de Komodo sortant de son œuf au Reptilandia Park des Canaries, en Espagne, le 22 septembre 2004 @BelgaImage

Le parc national de Komodo en Indonésie va-t-il un jour se transformer en « Jurassic Park » ? Oui, selon les autorités qui défendent le projet bec et ongles. Mais que l’on précise tout de suite: il n’est pas question ici de ramener à la vie T-Rex, vélociraptors et autres dinosaures effrayants. Il s’agit en réalité d’une future attraction touristique au nom un peu tape-à-l’œil qui s’inspire des dragons de Komodo, ces varans de 2,5 mètres de moyenne qui vivent dans la région. Une façon d’observer au plus près ces grands reptiles, comme le montre la vidéo de présentation qui reprend sans vergogne la musique du film Jurassic Park. Et pour l’Unesco, ça ne passe pas. Car attirer autant de touristes là-bas ne serait pas sans conséquences sur la biodiversité locale.

Des protestations restées lettres mortes

Si l’Unesco intervient, c’est surtout parce que le parc national de Komodo est un site classé sur sa précieuse liste du patrimoine mondial. Une inscription justifiée du fait que le dragon de Komodo est une espèce menacée, considérée comme «vulnérable», qui ne vit que dans les petites îles de la Sonde, au centre-sud de l’Indonésie.

Développer l’industrie du tourisme dans cette zone protégée impactera donc fortement l’habitat déjà très réduit et fragile de ces gros varans. C’est pour cela que l’Unesco a sonné l’alarme. En juillet, l’institution a réaffirmé que ce projet de «Jurassic Park» devait être réévalué, question de limiter son impact sur la biodiversité. Mais à son grand désarroi, le gouvernement indonésien n’a pas l’air de s’en préoccuper. Le ministère de l’Environnement est même monté rapidement au créneau pour affirmer via l’agence Reuters que le projet n’aurait «aucun impact», les travaux devant se faire sur des structures déjà existantes.

Une situation délicate

Des propos qui ne sont pas de nature à rassurer l’Unesco, qui rappelle toujours que le problème, cela va surtout être l’afflux touristique à venir. L’Indonésie espère que le complexe attirera 500.000 visiteurs par an, c’est-à-dire deux fois plus qu’avant la crise sanitaire. Mais l’Unesco n’est pas la seule à se préoccuper de cette affaire. Des ONG sont aussi montées au créneau et le projet est critiqué dans la presse, comme en octobre dernier lorsque le journal «Koran Tempo» a consacré sa une à ce «Komodo Park». Une photo avait alors choqué l’opinion publique. Elle montrait un dragon de Komodo faisant face à un camion de chantier dans une zone complètement déboisée.

Au-delà de ces animaux, l’ONG indonésienne Sunspirit for Justice and Peace a alerté sur les autres conséquences de ce projet: menace pour les ressources en eau, bouleversement des habitats humains, etc. Les résidents locaux ont d’ailleurs un lien très particulier avec les dragons de Komodo et ont adapté leur mode de vie à ce varan insolite. Même si ces reptiles peuvent attaquer voire tuer lorsqu’ils se sentent en danger, ces incidents restent rares (et impliquent souvent des étrangers). Les dragons de Komodo ont ainsi causé cinq décès entre 1974 et 2012. Quant à leur hypothétique détention dans ce «Jurassic Park», elle a de quoi laisser sceptique. De nombreux zoos ont déjà fait leurs choux gras avec les dragons de Komodo mais ces derniers ne se reproduisent pas facilement en captivité. Embêtant lorsque l’on sait qu’ils ne sont plus que 3.000.

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