La Pologne adopte une loi sur les médias, la coalition au pouvoir se brise

Un parti a retiré son soutien au gouvernement polonais mais cela n’a pas empêché le vote de la loi qui promet d’attiser les critiques de l’Union européenne et des USA.

La Diète, chambre basse du Parlement polonais, lors du vote de la loi sur les médias le 11 août 2021 @BelgaImage

Le Parlement polonais a adopté mercredi soir une loi controversée sur les médias qui menace la liberté de la presse, selon l’opposition, et va obérer les relations avec les Etats-Unis. Un succès pour le pouvoir gâché par l’échec d’autres votes qui fragilisent la majorité.

Un paysage médiatique de plus en plus contrôlé

La loi, dont le projet a déjà été critiqué par Washington, pourrait notamment forcer le groupe américain Discovery à vendre la majeure partie de sa participation dans le réseau de télévision privé polonais TVN, souvent critique envers le gouvernement conservateur. Le texte a été adoptée par 228 voix pour et 216 contre. Dix députés se sont abstenus.

Le vote a eu lieu lors d’une session houleuse du Parlement qui s’est déroulée au lendemain de l’éclatement de la coalition au pouvoir. Elle a été provoquée par la démission, ordonnée par le Premier ministre Mateusz Morawiecki de son adjoint, Jaroslaw Gowin, chef d’un des trois partis de la coalition qui disposait de dix voix au Parlement.

Mercredi, la droite au pouvoir a perdu au total quatre votes, résultat sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en 2015. Dans un premier temps, l’opposition a réussi à ajourner la session du Parlement jusqu’au 2 septembre. Cependant la présidente de la Diète Elzbieta Witek a décidé de répéter ce vote, sous les cris de protestation de l’opposition. Le vote a finalement été remporté par les conservateurs au pouvoir soutenus par quelques députés d’un groupe anti-système Kukiz 15, qui lors du premier vote avaient soutenu l’ajournement. Les résultats ont été accueillis par les cris « Escrocs, escrocs!« , lancées par l’opposition. Les députés de l’opposition, qui remettait sa légalité en cause, se sont abstenus lors de ce vote.

La droite a poursuivi les débats procédant au vote sur la loi sur les médias. Il s’agit d’une loi importante pour le parti populiste Droit et justice (PiS) et son président Jaroslaw Kaczynski qui contrôle déjà la télévision publique TVP, devenue un média de propagande gouvernementale, et une grande partie de la presse régionale. La coalition « la Droite Unie », dirigée par PiS est régulièrement accusée par l’Union européenne de faire reculer les libertés démocratiques dans le pays. Mardi soir des milliers de personnes à travers la Pologne ont manifesté contre la loi sur les médias.

Les conservateurs fragilisés mais pas éjectés du pouvoir

L’éclatement de la coalition ne signifie pas que le gouvernement chute automatiquement car il faudrait un vote formel de défiance du parlement. Le gouvernement pourrait continuer en étant minoritaire. Selon les observateurs, le résultat des votes de mercredi montrent que PiS dispose d’une majorité très incertaine et qu’il devra négocier avec les députés d’autres partis, et notamment de l’extrême droite, avant chaque vote.

« La majorité parlementaire, collée par la boue de la corruption et du chantage, s’effondre sous nos yeux« , a écrit sur Twitter l’ancien chef de l’UE Donald Tusk, qui dirige le principal parti d’opposition Plateforme civique (PO). « Elle peut durer encore un certain temps, mais elle n’est plus en mesure de gouverner« , a-t-il déclaré.

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