Est-ce que la crise du Covid a eu aussi des impacts positifs?

On voudrait pouvoir s’en débarrasser, mais la crise sanitaire laissera des traces. Y compris de manière positive, en termes de recherche médicale comme de gestion hospitalière.

Hôpital - BelgaImage

« Dans les vraies crises, il y a des changements qui perdurent”, s’exclame le ­docteur Soraya Cherifi, responsable du PUH épidémique du CHU de ­Charleroi, directrice médicale adjointe et infectiologue. L’épidémie n’est pas encore tout à fait derrière nous que déjà le monde médical tire les premiers enseignements de cette année et demie de crise sanitaire. Et tout n’est pas à jeter. “On évoque souvent ce qui n’a pas fonctionné, les manquements, les difficultés, mais il faut souligner aussi ce qui a été efficace, ce que l’on devrait garder.” C’est que le coronavirus a forcé les services hospitaliers à innover, a boosté la recherche médicale et accéléré la télémédecine…

Dans l’hôpital

À situation exceptionnelle, réponse… habituelle. “La crise nous a forcés à nous organiser rapidement et à être créatifs, pointe le docteur Cherifi. On a gagné en adaptabilité et développé une agilité énorme en termes de locaux et de personnel.” La preuve, déjà, lors des inondations de juillet dernier où trois pavillons de l’hôpital Vincent Van Gogh (l’un des quatre sites du CHU Charleroi) ont dû être évacués en pleine nuit. “Ça a été réalisé avec beaucoup d’efficacité parce qu’on l’avait déjà fait avec le Covid. On a été beaucoup plus réactifs parce qu’on a appris à l’être.” Les réunions régulières entre les différents services et corps de métier de l’hôpital ont également révélé aux uns et aux autres leur existence mutuelle, ce qui améliore aujourd’hui les échanges et la collaboration. “Les directions sont plus à l’écoute. On a été sous les feux de la rampe et on a pu faire progresser le niveau de qualité de soins et d’encadrement”, affirme Philippe Devos, le médecin chef adjoint de l’unité des soins intensifs du CHC MontLégia (Liège), tout en mettant en garde: “Il reste des problèmes toujours sans solutions”. Le médecin cite le manque criant de personnel infirmier ou la problématique de l’interdiction des ­visites. “On a vu des gens mourir sans pouvoir être entourés de leur famille.”

Entre centres de soins

C’est un constat partagé par de nombreux observateurs: les liens entre les hôpitaux et les maisons de repos doivent être renforcés. Au CHU de Charleroi, c’est désormais chose faite. “Avant la crise, on avait peu d’interactions avec les maisons de repos qui ­dépendent pourtant de notre intercommunale. Aujourd’hui, on partage par exemple la pharmacie, des conseils, des gardes… Tout cela va perdurer”, précise Soraya Cherifi. La situation a aussi permis une approche plus coordonnée de la coopération transfrontalière en matière de soins d’urgence, soit le transfert de patients entre hôpitaux de différents pays membres de l’UE. L’organisation en réseaux des hôpitaux belges a également prouvé son utilité pour aider à la répartition des patients dans un principe de solidarité. “On avait déjà un réseau fonctionnel et uni, mais on a renforcé la collaboration, ce qui était demandé depuis longtemps. Nos liens en sont renforcés.”

Médecine 2.0

“Allô, docteur?” Au printemps 2020, les consultations par téléphone ont presque été un passage obligé. Le coronavirus a donné un immense coup d’accélérateur à la télémédecine, et l’ABSyM met tout en œuvre pour ne pas la freiner. “Déjà trois ans avant la crise, on demandait un remboursement de la télémédecine et on a obtenu le texte de loi en dix jours après le premier confinement. Plus qu’un accélérateur, le Covid a été un tir de canon”, précise Philippe Devos, président de l’ABSyM. L’e-médecine peut intervenir favorablement pour des consultations aux symptômes bénins, l’adaptation de traitement de fond, certaines formes de psychiatrie, du suivi post-chirurgical… Reste à définir le cadre légal de ce qui ressort de la télémédecine (une visio de quinze minutes avec un généraliste) et ce qui ne l’est pas (demander une ordonnance par téléphone). “Les discussions sont en cours avec l’Inami et le gouvernement pour définir un cadre légal et une vision globale pour maintenir la télémédecine.”

Des chercheurs remotivés

Je travaille sur les bactéries, le Covid a renouvelé mes motivations, note Jean-François Collet, professeur à l’UCLouvain et directeur d’un laboratoire à l’Institut de Duve. Les maladies infectieuses, virales ou bactériennes, ont trop souvent été ignorées et oubliées. Ce qui s’est passé avec le Covid peut revenir sous forme de virus ou sous forme de bactérie résistante. C’est donc un appel au réveil pour l’humanité dans son ensemble à continuer à chercher de nouveaux antibiotiques, de nouveaux vaccins et de nouveaux traitements.” Plus que jamais, chercheurs et laborantins ont pu réaffirmer la nécessité et le sens de leur mission, et compris l’utilité de le faire savoir. Le monde de la recherche, des articles et revues scientifiques, jusque-là cantonné à un étroit cercle d’experts, s’est retrouvé dans la lumière. Au plus fort de l’épidémie, tous les ­articles ayant trait à la maladie ont été rendus libres d’accès. Une révolution dans le partage de connaissances, destiné à se pérenniser? “Il y a un courant de fond qui se dégage, comme une obligation à publier aussi dans des journaux accessibles pour tous…

Des traitements revalorisés

Tout d’un coup, on a vu tous les labos du monde se mettre à travailler sur la même chose. Du vaccin à ARN messager aux traitements expérimentaux, plusieurs innovations sont sorties des laboratoires. En matière de traitement, la Commission euro­péenne en a identifié cinq comme prometteurs qui ont “de fortes chances de figurer parmi les nouveaux traitements contre la Covid-19 susceptibles de faire l’objet d’une autorisation d’ici octobre 2021”. Mais on a aussi découvert que l’on pouvait continuer à faire de bonnes soupes dans de vieilles casseroles. “Ce que l’on utilise aujourd’hui comme traitements dans les hôpitaux (principalement des corticoïdes et des anticoagulants – NDLR), c’est pour beaucoup de vieilles molécules remises au goût du jour, précise Philippe Devos. Cela montre qu’on avait déjà de puissants produits à notre disposition.”

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