Sous pression, Sammy Mahdi se réfère au CGRA pour trancher sur les expulsions d’Afghans

Le secrétaire d’État s’était dit hier opposé à un arrêt des retours, ce qui a provoqué l’indignation d’Amnesty International. Aujourd’hui, il précise que ce n’est pas lui qui tranchera in fine.

Sammy Mahdi, à Bruxelles le 23 juillet 2021 @BelgaImage

La décision de suspendre, en raison de l’avancée des Talibans, les retours forcés vers l’Afghanistan de demandeurs d’asile déboutés incombe au Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA), a affirmé mercredi le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Sammy Mahdi, après que les Pays-Bas puis l’Allemagne eurent fait volte-face et annoncé une telle suspension.

«Nous suivrons toujours l’avis du CGRA»

« La différence entre la Belgique et les Pays-Bas, c’est que la décision du CGRA sur la protection internationale est prise en toute indépendance. Aux Pays-Bas, le Service d’immigration et de naturalisation (IND) relève de l’administration politique« , a ajouté le secrétaire d’Etat CD&V sur Twitter. « Je préfère faire confiance au service indépendant (qu’est) le CGRA que de laisser les décisions d’un nouveau gouvernement, avec le parti X ou Y au pouvoir, déterminer qui devrait recevoir une protection internationale« , a ajouté Sammy Mahdi. « Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas décider différemment demain sur la base d’un suivi quotidien par le CGRA. Si le CGRA décide demain que la situation dans l’ensemble de l’Afghanistan est trop dangereuse, ou que les décisions doivent être suspendues, nous suivrons cet avis. Toujours« , a-t-il poursuivi.

Le secrétaire d’Etat a également souligné que l’année dernière, cinq Afghans seulement ont été renvoyés de force dans leur pays et que beaucoup d’autres ont été reconnus. Selon lui, la décision néerlandaise d’appliquer un moratoire de six mois sur les expulsions de demandeurs d’asile afghans ayant épuisé toutes les voies de recours signifie également que beaucoup de ceux qui seraient normalement reconnus doivent maintenant attendre six mois supplémentaires. « Ce qui semble ‘sage’ a parfois de grandes implications« , a indiqué M. Mahdi. « Les Afghans sont en tête des chiffres (de demandeur) d’asile depuis des années. Aujourd’hui, nous offrons souvent une protection aux personnes dans le besoin, en particulier en provenance d’Afghanistan. Cela restera ainsi. Heureusement« , a déclaré le secrétaire d’Etat.

Une question sensible pour l’Europe

Six Etats membres de l’UE, dont la Belgique, en la personne de M. Mahdi, ont adressé la semaine dernière une lettre à la Commission européenne demandant de ne pas suspendre les expulsions de migrants afghans, alors que les combats s’intensifient en Afghanistan et que l’insurrection talibane ne cesse de gagner du terrain. Les gouvernements belge, danois, allemand, grec, néerlandais et autrichien ont demandé à l’exécutif européen de plaider auprès de Kaboul pour maintenir les rapatriements de migrants afghans, malgré un appel de l’Afghanistan à les suspendre.

Berlin s’est toutefois ravisée, le ministère allemand de l’Intérieur ayant finalement opté pour la suspension « en raison de l’évolution de la situation sécuritaire » dans le pays. Les Pays-Bas pour leur part fait de même, en annonçant mercredi, par la voix de la secrétaire d’État démissionnaire à la Justice et à la Sécurité, Ankie Broekers-Knol.qu’aucun demandeur d’asile afghan ayant épuisé toutes les voies de recours ne sera expulsé de force vers son pays d’origine au cours des six prochains mois.

Sur le même sujet
Plus d'actualité