Pass sanitaire : ces jeunes Français qui veulent attraper le covid pour éviter le vaccin

Attraper le virus leur permettrait de bénéficier, après 11 jours, d'un certificat de guérison et donc d'obtenir le précieux pass sanitaire, sans s'être fait vacciner. Un pari des plus risqués.

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« Qui m’éternue dessus ? », « cherche cluster en Charente », ou encore « cherche désespérément une personne qui a le covid pour échapper au vaccin »… Ces derniers jours, des jeunes Français ont partagé sur les réseaux sociaux ou dans les médias leur volonté d’être contaminés plutôt que de passer par la case piqûre. Comme ce garçon de 25 ans, qui expliquait au Figaro ne pas se sentir menacé par le Covid et détester « prendre des rendez-vous, devoir attendre [son] tour pour quelque chose qui ne [lui] sert strictement à rien (la vaccination – NDLR) ». Du coup, le même avouait ne jamais « mettre son masque », se laver « moins les mains » et être à la recherche d’un « plan Covid ».

 

De l’avis des concernés, attraper le Covid-19 serait une bonne nouvelle, puisque cela pourrait leur permettre de bénéficier, onze jours après l’infection, d’un certificat de rétablissement, valable six mois. Et donc de décrocher, sans avoir reçu la moindre goutte de vaccin, le fameux pass sanitaire, obligatoire en France depuis lundi 9 août pour pénétrer dans les restaurants, bars, cinémas, etc. Plus qu’une contamination intentionnelle, d’autres privilégieraient plutôt une voie médiane. Soit ne pas tenter le diable, ou alors juste un peu, en ne s’embarrassant plus trop des gestes barrières et autres joyeusetés so 2020.

Gare au Covid « long »

Mais jouer le jeu du virus n’est pourtant pas sans risque. « Ceux qui veulent attraper le virus ont l’impression qu’il ne va rien se passer pour eux parce qu’ils sont plus jeunes, ce n’est pas vrai, pointait l’épidémiologiste Philippe Amouyel sur LCI. On s’est rendu compte dès la troisième vague qu’on enregistrait une baisse de dix ans en moyenne chez les patients en réa ». Et de souligner que ce n’est pas l’âge uniquement qui détermine la gravité des symptômes. Selon l’épidémiologiste, la charge virale véhiculée serait l’un des facteurs déterminants. Or, celle associée au variant Delta, désormais majoritaire en France et en Belgique, serait 1.000 fois plus élevée que la souche originelle du virus.

« Il ne faut pas oublier non plus que si les jeunes ont a priori moins de risque de développer une forme grave, le fait d’être infecté, même de façon asymptomatique, peut amener à faire des Covid longs avec toute une série de troubles dont on se demande maintenant comment on va les prendre en charge », alertait encore Philippe Amouyel. Un risque encore difficilement quantifiable, vu l’absence d’études transversales sur le sujet. En juin, une estimation réalisée par le Bureau national de la statistique au Royaume-Uni portait tout de même à 962.000 le nombre de cas de Covid long (symptômes persistants au-delà de plusieurs semaines, voire plusieurs mois) chez les sujets de sa Majesté. Sur ce total, 10,8% concerneraient des personnes de 2 à 24 ans, soit plus de 100.000 cas.

En plus des risques pour sa propre santé, attraper volontairement le covid pour échapper au pass sanitaire pourrait s’avérer contre-productif, en faisant un peu plus circuler le virus. « Du point de vue de la santé publique, c’est catastrophique, estimait le sociologue Jérémy Ward dans le Figaro. Ça veut dire beaucoup de personnes infectées, une partie d’entre eux à risque de formes graves, et un potentiel de transmettre la maladie. Donc c’est un acte particulièrement irresponsable ». Et puis, cela ne ferait que repousser le problème, le certificat de rétablissement français n’étant valable que maximum six mois. 

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