Des Jeux Olympiques joués d’avance?

Le succès d’un pays aux Jeux olympiques est loin d’être une question de chance. Cela s’explique ­tellement bien qu’il est presque possible de le calculer.

Vincent Vanasch @BelgaImage

La Belgique peut être fière. Aux J.O. de Tokyo, elle a décroché un nombre record de médailles depuis 1924, soit 7 dont 3 d’or. Un exploit et pourtant, elle n’est que 29e dans le tableau des médailles, loin derrière le podium constitué des USA, de la Chine et du Japon. A priori, cela semble normal: ces États sont beaucoup plus ­peuplés et abriteraient forcément plus de talents. Mais alors comment expliquer que les Australiens et les Néerlandais ­arrivent en 6e et 7e position tandis que l’Inde finit 48e? La VUB notamment s’est penchée sur la question et a identifié neuf facteurs qui influencent les performances sportives de tel ou tel pays aux J.O. La démographie n’en fait pas partie. C’est ce que nous explique Thierry Zintz, professeur de management des organisations sportives à l’UCLouvain, qui a collaboré à l’étude et qui n’est guère surpris par le tableau des médailles de cette année.

Selon lui, le score de la Belgique s’explique ainsi par ses forces et ses faiblesses dans chacun de ces neuf piliers. Il constate d’abord plusieurs défauts, à commencer par les investissements dans le sport. La Flandre y consacre 2 % de son budget, contre un peu plus d’1 % au sud. “Peut mieux faire car il y a des pays qui sont à 3-  4 %”, estime Thierry Zintz. Puis il y a la structure du sport belge, “encore largement dominée par des volontaires, malgré une certaine professionnalisation”, et le manque de soutien post-carrière “où il y a encore beaucoup à faire, alors que c’est ce qui va amener les parents à accepter que leurs enfants s’en­gagent dans une carrière sportive”. Dernier point: le trop faible niveau de participation sportive chez nous. “Selon l’Eurobaromètre de la pratique sportive, les Belges sont dans la moyenne européenne”, alors que les Pays-Bas bénéficient “d’une base plus large de sportifs, ce qui aboutit à la formation d’une élite”. D’où une partie du succès des Néerlandais, incités à faire du sport dès leur plus jeune âge grâce aux liens tissés entre les écoles et les clubs.

Mais la Belgique peut aussi compter sur ses atouts, dont le projet Be Gold qui aide à la détection et au développement des talents. “La plupart de nos athlètes en sont issus. C’est comme cela que s’est constituée l’ossature de notre équipe de hockey et qu’a pu s’épanouir Nafi Thiam.” La Belgique a également construit beaucoup d’infrastruc­tures sportives, comme à Louvain-la-Neuve et Liège, et forme efficacement ses entraîneurs. Enfin, les athlètes belges ont la chance de se confronter souvent à des compétitions nationales et internatio­nales, et bénéficient des avancées en recherche et innovation (par exemple en marathon avec des chaussures très tech­niques). Notre pays sait donc ce qu’il faut faire pour s’améliorer. Mais Thierry Zintz prévient: “La Belgique est un petit pays et on ne battra jamais les plus grands. À Tokyo, les USA avaient par exemple 625 athlètes, ­contre 121 Belges. Il ne faut pas avoir fait des études en mathématiques pour comprendre les conséquences sur le tableau des médailles

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