Aux JO, des chaussures « magiques » qui font polémique

Les Nike Vaporfly sont au coeur des débats. Ces chaussures nouvelle génération donnent l'impression de courir avec des ressorts. Et font tomber les records.

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Les records tombent comme des mouches. Les performances étonnantes aussi. La course référence, lors de ces JO de Tokyo, c’est le 400 m haies remporté par le Norvégien Karstel Warholm qui est devenu le premier homme à descendre sous les 46 secondes, battant son propre record établi… le 2 j juillet à Oslo. Deux records du monde en un mois ! Mieux ! Le deuxième de la course, Rai Benjamin, a établi la deuxième meilleure performance de tous les temps avec 46 sec 17 tandis que le troisième, Alison dos Santos, battait l’ancien record du monde de Kevin Young, qui tenait depuis 1992.

Le point commun entre ces trois hommes qui courent plus vite que leur ombre ? Les nouvelles chaussures Vaporfly de Nike. Des chaussures nouvelle génération qui sont arrivées sur le marché en 2016, pour les courses de fond. Et là aussi, les records sont tombés. En octobre 2019, le Kenyan Kipchoge est devenu le premier homme à courir un marathon sous les 2 heures. L’année suivante, c’est sur 5.000 et 10.000 m que les records valsaient. Cheptegeï chez les hommes, Hassan et Gidey chez les femmes… Et toujours avec ces chaussures Vaporfly.

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Des chaussures « dopantes »

Qu’ont-elles de spécial, ces chaussures magiques ? Ultralégères, elles sont équipées d’une lame de carbone dans la semelle qui, associée à une fine couche de mousse, donne un effet ressort. Selon une enquête du New York Times publiée en 2019 en suivant les coureurs de marathon, elles permettraient de courir de 4 à 5% plus rapidement que leurs adversaires. A l’époque de cette étude, 8 vainqueurs de marathon sur 10 en portaient. Déjà à Rio, en 2016, le podium du marathon avait des Vaporfly aux pieds.

Aujourd’hui, de plus en plus d’athlètes en portent. Sur route et sur piste. Pour les courses de fond et les sprints. L’Italien Marcell Jacobs, champion olympique surprise du 100 m, couraient avec des Vaporfly. La question qui se pose désormais est : est-ce équitable ? Ou s’agit-il de dopage technologique ?

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Pour ou contre

Les avis divergent. Pour Usain Bolt, champion des champions, recordman du 100m, légende vivante de l’athlétisme récemment retraité, sans doute inquiet de voir ses records menacés : «C’est bizarre et injuste pour beaucoup d’athlètes. J’aurais couru moins de neuf secondes et demie avec des super pointes ». Pour le marathonien américain Ryan Hall, « la Vaporfly n’est plus une chaussure, mais un ressort ». Pour d’autres, ces chaussures sont une avancée technologique bonne pour le corps : « À chaque pas, mes tendons d’Achille ont moins de tension et je ressens moins de douleur. Grâce à elles, je force moins sur mes mollets », a expliqué le perchiste espagnol Didac Salas au Monde.

Le problème étant que tous les athlètes n’y trouvent pas leur compte. Le sauteur en longueur espagnol Eusebio Caceres s’est ainsi exprimé après les avoir essayées : « Elles sont très difficiles à utiliser. Ma façon de courir et de sauter a changé pour pouvoir constater leur utilité, et je n’ai pas réussi à en profiter ». Pour lui, c’est clair : « C’est de l’athlétisme avec des ressorts (…) Je serais pour les interdire ».

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Vers une interdiction ou une généralisation ?

Un débat similaire avait eu cours entre 2008 et 2010 en natation avec les combinaisons en polyuréthane chère à Michael Phelps qui avait fait tomber, là aussi, les records. En 2010, la Fédération internationale de natation avait fini par interdire cette combinaison. Qu’en sera-t-il des « chaussures magiques » Vaporfly ?

Ces chaussures nouvelle génération se démocratisent. Il s’agit même d’un véritable phénomène économique. Nike a lancé le modèle, mais tous les équipementiers s’y sont mis. Aujourd’hui, il existe plus de 200 modèles de ces chaussures « à ressort » qui combinent plaque rigide et mousse. Interrogé par France 24, Vincent Guyot, étudiant-chercheur à l’Insep spécialisé dans le domaine des chaussures nouvelle technologie, en perd la tête : « C’est flou, on ne sait plus qui porte quoi, qu’est-ce qu’il y a dans la chaussure. On va vers une individualisation de la chaussure. Il y a trop de références, ça va trop vite ».

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La Vaporfly est-elle la nouvelle chaussure de course qui sera portée demain par tout un chacun ? Pour Stéphane Caristan, consultant sur Eurosport : « Ca va durer, on n’est pas sur un épiphénomène. Avec tout le respect que j’ai pour la natation, les combinaisons touchaient un minimum de gens. Là, il y a déjà des millions de coureurs ‘du dimanche’ qui se sont équipés avec ces matériaux-là, et c’est un vrai phénomène économique ». 

Les records risquent donc de tomber les uns après les autres. Reste la question ultime : sont-ce les chaussures qui font les records ou les athlètes ? Probablement un peu des deux.

 

 

 

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