Le football à nouveau gâché par le racisme

Les insultes lancées à un joueur français lors d’un match ont relancé la polémique.

Aurelien Tchouameni lors du match de ce 3 août 2021 @BelgaImage

Ce mardi, le match Sparta Prague-AS Monaco en Ligue des champions s’est conclu sur une «belle victoire» du second sur le premier (2-0). Mais au final, ce n’est pas vraiment cela qui a marqué les Monégasques. Car lorsqu’Aurélien Tchouaméni marque le premier but de la rencontre, celui-ci est victime de plusieurs sifflets, cris et insultes racistes. Une attitude hostile des tribunes du Generali Arena, à Prague, qui a provoqué une petite mise entre parenthèses du match. Pour l’AS Monaco, l’affaire a pris une tournure plus personnelle. Il ne s’agissait plus que de remporter cette étape de la Ligue des Champions mais aussi de mener la lutte contre le racisme. Car force est de constater que malgré les genoux à terre de ces derniers mois, rien n’a véritablement changé dans le football.

«Abattus de constater qu’au XXIe siècle il se passe encore ce genre d’évènement»

Il faut dire qu’hier, les joueurs monégasques étaient d’abord peu satisfaits de la gestion du problème. Lorsque les insultes ont commencé, Tchouaméni s’est plaint, notamment auprès de l’arbitre anglais Mickael Olivier. Cette discussion a duré quelques minutes puis la rencontre a repris. Selon Eurosport, les joueurs de l’AS Monaco demandaient pourtant l’interruption pure et simple du match.

Finalement, il a quand même été demandé au speaker du stade de rappeler le public à l’ordre. «Non au racisme. Dans le cas de comportements racistes répétés, le match pourra être terminé avant son terme. Supportez le Sparta dans l’esprit du Fair-play!», a prévenu l’écran géant, lors de la reprise du jeu.

Même si l’AS Monaco a pu arracher la victoire sur le terrain, lorsque l’entraîneur Niko Kovac est interrogé sur la soirée, sa première préoccupation, c’est d’évoquer l’incident. «Nous sommes tous abattus de constater qu’au XXIe siècle il se passe encore ce genre d’évènement sur un terrain de football ou dans la société. Nous sommes tous égaux, et nous sommes là pour jouer au football. Je dois dire que je suis très fier de mes joueurs, parce que nous avons eu la bonne réaction», explique-t-il en précisant que malgré la tristesse, il fallait continuer. «Nous avons gagné notre match sur le terrain, et également notre match contre le racisme. Je pense que c’est le message le plus important ce soir, et ce qui est aussi important de dire, c’est que ce n’est qu’une frange de supporters, une minorité du stade, qui a été coupable de ces cris».

Un mal profond et omniprésent

L’incident d’hier n’est en tout cas pas sans rappeler la polémique du genou à terre pendant l’Euro. Plusieurs équipes, dont la belge, avaient fait ce signe en soutien aux victimes du racisme. Un appel au pacifisme pourtant accueilli par des huées dans les stades. L’hostilité était si forte que les Français ont renoncé à faire de même. De son côté, l’UEFA avait réagi en soutenant toute dénonciation d’une discrimination de ce genre. Elle appelait aussi les spectateurs à « faire preuve de respect envers les joueurs et les équipes qui font ce geste« .

Mais de toute évidence, le travail de réflexion opéré pendant l’Euro n’a pas fondamentalement changé les choses. La problématique est pourtant profonde et ne concerne pas que le milieu professionnel. Selon une étude de la KU Leuven publiée en début d’année, 37% des jeunes joueurs de football ont été victimes de discrimination au cours des deux dernières années, voire la moitié dans le cas des filles. Ces brimades ou exclusions faisaient notamment référence à la couleur de la peau, mais aussi à l’orientation sexuelle, la religion, la culture, etc. «À la question de savoir qui est le plus discriminé, quatre parents sur dix ont répondu qu’il s’agissait des jeunes à la peau foncée d’une part et des jeunes obèses d’autre part», note l’étude.

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