Le CO² produit par trois Américains moyens tue une personne dans le monde

Les Belges n’ont quant à eux pas de leçons à donner, vu l’impact de leurs propres émissions.

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Polluer tue. C’est le message d’une étude fraîchement publiée dans la revue Nature Communications ce 29 juillet 2021. Ses auteurs se sont penchés sur l’impact des émissions de CO² par habitant de plusieurs pays sur la mortalité mondiale. Ils concluent notamment qu’un Américain moyen produit tout au long de sa vie assez de gaz carbonique pour provoquer 0,29 décès dans le monde. Autrement dit, il faut entre 3 et 3,5 Américains pour qu’une personne meure quelque part sur la planète, suite aux retombées de cette pollution. Et si les Américains sont parmi les plus gros pollueurs de la planète dans leur ensemble, ils ne sont pour autant les premiers. Quant aux Belges, leur bilan n’est pas non plus réjouissant.

Les Belges: pas les pires mais loin d’être des exemples

L’étude ne prend ici en compte que le CO² émis dans une dizaine de pays, souvent parmi les plus peuplés du monde. Avec leurs 0,29 décès, les Américains sont deuxièmes. Ils sont dépassés par l’Arabie saoudite (0,33 morts) et arrivent devant les Russes (0,19 morts). Ce podium est bien au-dessus de la moyenne mondiale, établie à 0,08 et plusieurs grands pays sont même en-dessous de cette barre. C’est le cas du Mexique (0,06), du Brésil (0,04), de l’Inde (0,03) et du Nigéria (0,01). Plus concrètement, un décès équivaut aux émissions de 25 Brésiliens ou de 146 Nigérians. Bien loin, des Américains donc.

Mais d’autres pays, non présents dans l’étude, pourraient se classer encore au-dessus des USA et de l’Arabie saoudite. Car selon la Banque mondiale, en 2018, ces pays étaient respectivement les 11e et 10e à émettre le pays de CO² par habitant. En reprenant ces données, on trouve alors en tête les Qataris, qui produisent plus de deux fois plus de gaz carbonique que les Américains. On pourrait donc estimer qu’environ 1,5 Qatari cause un décès dans le monde au cours de sa vie. Suivraient ensuite d’autres monarchies pétrolières: Koweït, Émirats-Arabes-Unis, Bahreïn et Brunéi. Et dans le monde occidental, trois pays font pire que l’Arabie saoudite: le Canada, l’Australie et le Luxembourg.

À en croire la Banque mondiale, les Belges seraient quant à eux moins «meurtriers» puisqu’ils sont 34e dans le classement des pays émettant le plus de CO². Ils en produisent environ deux fois moins que les Saoudiens. En extrapolant, il faudrait par conséquent cumuler les émissions de six Belges pour avoir un décès dans le monde. C’est mieux mais la Belgique est loin d’être un exemple. Dans l’Union européenne, il s’agit du septième pays le plus pollueur.

Le «coût mortel du carbone»

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs se sont basés sur des dizaines d’études de santé publique. En croisant leurs résultats, ils montrent que 4.400 tonnes de CO² amènent à un décès vu l’augmentation des températures provoquées. C’est ce que les auteurs de l’étude appellent le «coût mortel du carbone».

Évidemment, tous les Américains ne produisent pas la même quantité de CO² et une bonne partie de ces chiffres reflètent en réalité la pollution émise par de grandes entreprises. Par exemple, une centrale à charbon américaine moyenne pourrait provoquer à elle seule la mort de 904 personnes dans le monde d’ici la fin du siècle. «Les gens ne devraient pas prendre la mortalité associée à leurs émissions trop personnellement. Nos émissions dépendent en grande partie de la technologie et de la culture de l’endroit où nous vivons», rappelle au Guardian Daniel Bressler, un des auteurs de l’étude et chercheur à l’université Columbia de New York.

À noter enfin que les scientifiques n’ont ici pris en compte que les décès causés par l’augmentation des températures provoquée par les émissions de CO². En réalité, ces résultats pourraient être pire encore s’ils avaient pris en compte les morts provoquées par exemple par la dégradation de la qualité de l’air. Reste que si la neutralité carbone planétaire était atteinte en 2050, cela représenterait une immense avancée. Près de 74 millions de vies pourraient être ainsi sauvées.

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