JO et prison: l’incroyable histoire des soeurs Mardini

Les réfugiées syriennes Yusra et Sarah Mardini sont des héroïnes. L'une a participé aux Jeux olympiques pour la seconde fois. L'autre a dédié sa vie au sauvetage en mer et risque pour cela la prison.

Yusra et Sarah Mardini reçoivent un prix Bambi dans la catégorie

Yusra et Sarah Mardini étaient des nageuses confirmées dans leur pays natal, la Syrie. Mais c’était avant que la guerre civile n’éclate et détruise leurs espoirs. La piscine de Damas où les deux sœurs s’entraînaient, sous l’œil de leur père, ainsi que leur maison ne sont plus qu’un tas de ruines. En 2015, après avoir déménagé à maintes reprises pour éviter les combats, elles n’ont plus d’autres choix que l’exil, avant le reste de leur famille.

De Beyrouth à Izmir, les deux jeunes femmes, âgées de 17 et 20 ans à l’époque, tentent ensuite de traverser la mer, comme des milliers de personnes avant elles, en direction de l’île grecque de Lesbos. Après une première tentative interrompue par des garde-côtes, elles embarquent dans un petit bateau pneumatique. Sur les 20 réfugiés à bord, seuls trois savent nager. Une demi-heure après le départ, l’embarcation précaire, qui ne peut normalement transporter que sept passagers, commence à couler. Le moteur vient de lâcher. Avec le troisième nageur à bord, Yusra et Sarah décident alors de se jeter à l’eau pour alléger la charge et tirer le bateau. « Je me suis dit, quoi ? Je suis une nageuse et je vais mourir dans l’eau ? », s’est souvenue la première au New York Times en 2016. Pendant trois heures et demie, elles gardent le cap, malgré la fatigue et les vagues, jusqu’à la terre ferme. Acclamées par la presse mondiale comme des symboles de courage et d’altruisme, les deux sœurs continuent leur éprouvant périple à pied et en bus pour finalement atteindre l’Allemagne, où elles commencent une nouvelle vie.

Nageuse exemplaire

« Si je raconte mon histoire, c’est parce que je veux que les gens comprennent que le sport m’a sauvé la vie », confie Yusra Mardini, installée désormais à Hambourg. Après cet événement héroïque mais traumatisant, la cadette n’a pas abandonné sa passion. L’année suivante, elle a d’ailleurs participé aux Jeux Olympiques de Rio dans l’équipe des athlètes réfugiés. Même chose à Tokyo en 2021. Mais, à deux reprises, la nageuse n’a pas été assez rapide pour se qualifier pour les demi-finales du 100 mètres papillon. Ce n’est pas grave, l’important est ailleurs pour la jeune femme, aujourd’hui âgée de 23 ans. « Je suis tellement fière de représenter 80 millions de réfugiés dans le monde, sachant que j’envoie un message d’espoir à tous en faisant ce que j’aime, en montrant également au monde que les réfugiés n’abandonneront pas facilement et continueront de rêver même après avoir eu un parcours difficile », a-t-elle écrit sur son compte Instagram.

Dans les filets de la justice

Sarah, sa sœur aînée, est allée un cran plus loin dans cette lutte pour les réfugiés. Après avoir risqué sa vie, elle a décidé d’intégrer une équipe de bénévoles du Centre international d’intervention d’urgence, une ONG grecque spécialisée dans le sauvetage et l’assistance des réfugiés, pour tenter de sauver celle des autres. Lors d’un entretien avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, la jeune femme qualifiée d’héroïne disait avec humilité: « Je suis juste une personne normale qui essaie d’apporter de l’aide à ceux qui en ont besoin. »

Mais tandis qu’elle venait en aide aux demandeurs d’asile sur l’île de Lesbos, la bénévole syrienne a été arrêtée le 21 août 2018 puis enfermée à la prison athénienne de Korydallos. Elle est accusée d’espionnage, de trafic d’êtres humains et d’appartenance à une organisation criminelle. Après plus de trois mois de détention préventive, la jeune femme de  fut libérée sous caution.

« Je suis sortie de prison, mais je ne suis pas libre », a-t-elle déclaré le 23 juillet dernier, alors que sa sœur s’apprêtait à participer aux JO de Tokyo. « Dans de nombreux pays, si vous ne parvenez pas à aider quelqu’un dans le besoin, c’est un crime. Mais nous avons été mis en prison parce que nous avons décidé de sauver des vies », poursuit celle qui a été arrêtée en même temps qu’un autre bénévole, germano-irlandais, Sean Binder. Aujourd’hui, en attente de leur procès, ils risquent tous les deux 15 ans de prison.

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