« Ce qu’on retiendra probablement de cette crise mondiale, c’est la mort du néo-libéralisme »

Dans "Il faut qu'on parle", Maxime Binet reçoit l'avocat et constitutionnaliste Marc Uyttendaele.

Marc Uyttendaele @BelgaImage

La pandémie mondiale a affecté notre société en tout point, mais c’est économiquement que l’impact est le plus important selon l’avocat. « Ce qu’on retiendra probablement de cette crise mondiale, c’est la mort du néo-libéralisme. On pourrait même se dire que les premières victimes de la Covid sont Margaret Thatcher et Ronald Reagan », balance-t-il d’entrée.

L’une des conséquences majeures de l’apparition du coronavirus est celle de la privation temporaire de certaines de nos libertés. Notre état de droit a-t-il été détérioré?

« C’est très difficile à dire, mais il y a un constat objectif. Notre modèle démocratique est détérioré », débute Marc Uyttendale avant de s’interroger sur la situation actuelle. « La question est plutôt de savoir s’il a été détérioré par la crise sanitaire ou bien que la pandémie n’est que le révélateur de la détérioration existante, il y a débat. »

La gestion de la crise sanitaire par nos politiques a souvent été décriée. Pour l’avocat, il ne faut pas oublier le facteur de nouveauté de cette crise mondiale.

« Nos politiques se sont retrouvés dans une situation totalement inconnue. Je pense qu’il faut aussi respecter celui qui prend ses responsabilités car lui seul peut commettre des erreurs », analyse-t-il avant d’enchaîner « Il faut oser dire merci! Ces gens ont pris leurs responsabilités face à une situation qui était hors-norme. »

En ce qui concerne le rôle de la Justice pendant la crise, Marc Uyttendale explique que si le fond était d’intérêt public, la forme n’a pas toujours été maitrisée.

« Cette démarche d’utiliser une loi qui n’avait pas la même utilité finale ainsi que l’intervention d’arrêtés ministériels, sur le plan de l’esthétique juridique, on pouvait faire mieux! Je ne comprends toujours pas d’ailleurs, alors que ces gouvernements avaient des pouvoirs spéciaux, pourquoi avoir été chicaner d’autres pouvoirs? Je ne le comprends pas, c’est regrettable, mais ce n’est pas un drame! », conclut l’invité de Maxime Binet.

L’invité a ensuite adressé son carton rouge à la décision du gouvernement de refuser l’audition de Ihsane Haouach. « Je trouve cela détestable, choquant et grave qu’un gouvernement empêche le Parlement d’exercer sa mission de contrôle. Je trouve que ce ‘Circulez, il n’y a rien à voir’ est profondément nocif », déclare-t-il.
   
Dans quelques temps se déroulera, ce que certains appellent « le procès du siècle », qui jugera les attentats de Bruxelles. Ce procès doit-il passer par la cour d’Assise ? Pour l’avocat cela ne fait aucun doute.

« Indiscutablement ! Car même si la justice populaire fait des erreurs, la justice professionnelle en fait tout autant. Nous restons des humains qui peuvent se tromper », annonce-t-il avant de préciser pourquoi la justice populaire doit garder son importance. « En 1830, on a décidé d’impliquer la population pour les affaires les plus graves. C’est une véritable oeuvre d’anticipation démocratique. Il serait tragique aujourd’hui de revenir là-dessus. 

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