Mais pourquoi les sportifs mordent-ils leurs médailles ?

Ils sont nombreux sur le podium, en particulier aux Jeux Olympiques, à croquer dans leur trophée. Un geste incontournable, entre tradition et pression.

La Russie croque la médaille d'or en escrime. - AFP

C’est une image emblématique du sport. Celle d’un athlète, debout sur le podium, savourant sa victoire en croquant à pleines dents sa médaille d’or, d’argent ou de bronze. Aux Jeux Olympiques de Tokyo, les gagnants n’ont pas failli à cette tradition. À tel point que le compte Twitter officiel de la compétition a rappelé avec une pointe d’humour que les médailles ne se mangeaient pas.

« Nous voulons simplement vous confirmer que les médailles ne sont pas comestibles. Elles sont faites à partir de matériaux recyclés, venant d’appareils électroniques offerts par les Japonais », ont écrit les organisateurs, soulignant au passage leurs efforts en faveur de l’environnement lors de cette édition. « Vous n’êtes donc pas obligés de les mordre… mais on sait pertinemment que vous allez continuer. »

Pour l’histoire ou pour les médias ?

Mais pourquoi donc les athlètes mordent-ils leur précieuse récompense ? Historiquement, ce geste, emprunté des pionniers de la ruée vers l’or des États-Unis au XIXe siècle, servait à vérifier la pureté de leur prix. L’or massif étant plus malléable que les autres métaux, une trace de dents était visible en cas de véritable trouvaille. En 1896, lors de la création des Jeux olympiques modernes, cette technique avait encore un sens puisque les médailles d’or étaient composées d’or pur. Mais depuis, leur composition a radicalement changé. De nos jours, la récompense convoitée par tous les sportifs est composée de « six grammes d’or plaqué sur de l’argent pur ».

Pour le psychologue du sport français Clément Le Coz, interrogé par Ouest France, il existe une autre raison : « mordre dans la médaille permet aux champions de reproduire, par effet de mimétisme psychologique inconscient, ce qu’ont fait leurs modèles et grands champions avant eux. Ils peuvent se dire : ‘Je le fais également car je suis devenu un grand champion’ ». En imitant ce geste, les gagnants ont le sentiment d’appartenir au cercle fermé des sportifs décorés.

Troisième explication. David Wallechinsky, membre du comité exécutif de la Société internationale des historiens olympiques, a déclaré à CNN qu’il s’agissait probablement d’une tentative pour satisfaire les médias. « C’est devenu une obsession pour les photographes », explique le coauteur de « The Complete Book of the Olympics ». « Je pense qu’ils considèrent ça comme une photo emblématique, que vous pouvez probablement vendre à tous les coups. Je ne pense pas que ce soit quelque chose que les athlètes feraient probablement d’eux-mêmes. »

Cette année, pour le moment, seuls deux sportifs belges sont montés sur le podium de Tokyo : Wout Van Aert, argent en cyclisme sur route, et Matthias Casse, bronze en judo. Ils ont préféré brandir fièrement leur médaille, plutôt que la mordre. On ne sait jamais. En 2010, aux jeux Olympiques de Vancouver, le lugeur allemand David Möller s’était cassé une dent en croquant sa récompense en argent.

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