« L’Open VLD et le CD&V vivent une situation schizophrénique, entre le gouvernement fédéral et le gouvernement flamand »

Ivan De Vadder, journaliste flamand et présentateur à la VRT, était l'Invité de Maxime Binet dans "Il faut qu'on parle" sur DH Radio.

Ivan De Vadder @BelgaImage

Ensemble, ils sont revenus sur les principaux événements qui ont marqué l’année et, surtout, leur perception du côté flamand. Crise du coronavirus, le bilan de la Vivaldi… Plusieurs sujets ont été abordés.

Le journaliste est ainsi en premier lieu revenu sur cette année inédite à plus d’un titre. Au-delà des conséquences sanitaires que l’on connait, la crise du coronavirus a bien entendu impacté de nombreux secteurs d’activités, y compris celui du journalisme. « Avant, mon boulot consistait à aller au Parlement et à parler aux gens. Je leur demandais comment ils allaient et au détour d’une conversation, j’entendais certaines choses sur lesquelles je rebondissais. Avec la crise, c’est devenu impossible. Téléphoner à quelqu’un pour avoir la même conversation, ça ne donne pas la même chose. Quand on téléphone, les gens se demandent parfois pourquoi on appelle. Il a donc fallu se réinventer, trouver l’information autrement, en se basant par exemple sur les réseaux sociaux. Mais de toute façon, au JT, on ne parlait que de coronavirus, c’était inédit. »

Ce qui a profondément marqué ses yeux d’observateur politique, c’est à quel point le fédéral a pris la main durant toute la durée de la crise. « Tout à coup, on était dans une phase nationale. Même la fermeture des écoles (ndlr : l’enseignement est une compétence communautaire) a été décidée par le gouvernement fédéral. Les entités fédérées n’étaient presque pas concernées. Il y a donc eu une frustration côté flamand, où la N-VA était dominante dans le gouvernement flamand mais absente au sein du gouvernement Wilmès, puis du gouvernement De Croo. La crise est intervenue alors que la N-VA se préparait pour une opposition. Or, elle a dû se taire pendant une année entière.« 

Les partis flamands, pris en étau

Au-delà de la crise sanitaire, de façon plus générale, il y a, selon Yvan De Vadder, une concurrence constante entre le gouvernement flamand (où la N-VA domine) et les partis flamands qui siègent au gouvernement fédéral. « Deux partis sont dans ces deux gouvernements. Il s’agit de l’Open VLD et du CD&V. Côté flamand, on se demande donc où se situe leur loyauté? Côté fédéral ou côté flamand? Pour l’Open VLD, dont fait partie le Premier ministre Alexander De Croo, la réponse est plutôt claire; il est casé comme étant ‘fédéral’. Pour le CD&V, c’est plus compliqué, il se trouve à cheval entre les deux niveaux de pouvoir. » Cela crée donc une situation schizophrénique où, après chaque décision du gouvernement fédéral, les partis flamands minoritaires subissent des remarques de la N-VA, soutenue par le Vlaams Belang. « Il y a une opposition assez forte à la fois au niveau fédéral, mais aussi de la part du gouvernement flamand, ça vient des deux côtés », explique-t-il.

Selon le journaliste flamand, la Vivaldi pourrait tomber avant son terme. « Si après chaque décision du gouvernement De Croo, les partis francophones présentent cela comme une victoire francophone ou une victoire de gauche, ce qui revient au même, je crains que le gouvernement Vivaldi ne fasse pas long feu. » Et d’autant plus parce que plusieurs dossiers explosifs sont ou seront bientôt sur la table. « Celui des grévistes de la faim, où il y a un axe PS-Ecolo contre CD&V-Open VLD. Celui de la norme salariale, où il y a une vision différente côté flamand et côté wallon. La Flandre est toujours en période d’austérité alors qu’on l’est moins du côté francophone. » Mais ce n’est pas tout : d’autres dossiers à venir peuvent poser problèmes, comme celui des pensions, du budget et la sortie du nucléaire. Bref, Yvan De Vadder ne serait pas surpris que la Vivaldi finisse par trébucher sur l’un de ces dossiers et explose prématurément. 

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