Covid-19 et mortalité : moins de chances de survie dans les hôpitaux francophones ?

Par rapport à la Flandre, le taux de mortalité des patients covid est plus élevé dans les hôpitaux wallons et bruxellois. La N-VA réclame une enquête indépendante sur ces disparités régionales.

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Depuis le début de la crise sanitaire, Sciensano récolte et centralise toutes les données en provenance des hôpitaux. Et notamment celles relatives aux admissions covid et aux pourcentages de décès des patients. Malgré les demandes répétées de parlementaires fédéraux, l’institut de santé publique avait jusqu’ici toujours refusé de livrer ces données. La crainte de Sciensano ? Qu’un classement entre hôpitaux, basé sur des chiffres bruts, menace la gestion de la crise. Et que certains malades soient tentés d’éviter les hôpitaux aux taux de mortalité plus élevés, et ne se rabattent massivement sur les « meilleurs », au risque de les faire déborder.

À la mi-juin, plusieurs groupes parlementaires, dont la N-VA, le Vlaams Belang et le PTB, s’étaient insurgés et avait réclamé la communication des chiffres. Depuis, ils ont en partie reçu satisfaction. Le SPF Santé publique a publié un rapport à l’attention des parlementaires, reprenant les données de mortalité des patients covid à l’hôpital. Ces données ont été anonymisées (le nom des établissements n’est donc pas repris) et des moyennes par provinces ont été établies. Selon le député flamand N-VA Lorin Parys (la DH et Het Laatste Nieuws ont également pu consulter le rapport), on constate des disparités régionales dans la manière dont les hôpitaux du pays ont affronté le virus.

Des différences « trop fortes« 

Portant sur la période de mars 2020 au 15 juin 2021, le rapport indique qu’en Flandre, 16,5% des patients hospitalisés sont décédés. En Wallonie, cette proportion grimpe à 20,4%, et à Bruxelles, 18,8%. Comme l’a reconnu Lorin Parys, ces chiffres doivent être pris avec précaution. De multiples facteurs peuvent en effet expliquer les différences entre Régions, comme un nombre différent de contaminations, le profil des patients (âge, comorbidités) … « Mais les différences entre régions et entre hôpitaux sont trop fortes », a jugé Lorin Parys, qui a réclamé une enquête indépendante « pour tirer les bonnes leçons de cette crise sanitaire et savoir si chaque patient s’est retrouvé dans le bon lit ».

La grille de lecture régionale n’est toutefois pas la seule pour analyser comment les hôpitaux belges ont traversé la crise. « Je doute fort que ce soit une question de régions » explique même à la DH le professeur Geert Meyfroidt, intensiviste à l’UZ Leuven. Ce dernier a justement contribué fin 2020 à la réalisation d’une étude de Sciensano sur la mortalité dans les hôpitaux. Pour lui c’est plutôt sur le plan individuel, hôpital par hôpital, que l’on constate de gros écarts, plus encore qu’entre Régions.

Selon la DH, il y aurait six hôpitaux où le pourcentage de patients covid décédés est de 30%. Soit pratiquement le double de la moyenne nationale. « Les pouvoirs publics doivent quand même regarder en direction de ces établissements, juge le professeur Meyfroidt. Pas pour leur faire porter le chapeau mais pour découvrir ce qui n’a pas marché. Ont-ils dû faire face à un flux trop important de patients ? Y avait-il un transfert trop élevé de la part d’autres hôpitaux ? Quels traitements ont reçu les patients ? ». Le but ? « Faire mieux la fois prochaine ».

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