Le Japon en tête du classement des JO: organiser les Jeux aide-t-il à les gagner?

Les Japonais ne sont pas les seuls à avoir bénéficié de cet «effet domicile» et cela s’explique.

Le gymnaste japonais Daiki Hashimoto après avoir décroché la médaille d'or, le 28 juillet 2021 @BelgaImage

Les médailles d’or pleuvent sur le pays du Soleil-Levant. En date du 28 juillet, le Japon en a récolté 13 et s’est ainsi attribué la première position dans le tableau des médailles. La concurrence est rude puisque la Chine et les USA sont juste derrière avec 12 et 11 médailles d’or (la Belgique n’en a aucune et est 40e mondiale grâce à une en argent et une de bronze). Si les Japonais réussissent à garder leur place, ils réaliseront un exploit inédit dans leur histoire puisque pour l’instant, leur meilleure performance aux Jeux, c’est de terminer troisième. Le Japon aurait en tout cas de bonnes raisons d’espérer. De JO en JO, la même tendance semble se confirmer: le pays organisateur est comme boosté, même si le sommet du podium est loin de lui être toujours promis.

Des résultats systématiquement meilleurs

Si on prend toutes les éditions des Jeux d’été depuis 1980, il y a eu dix compétitions (à l’exception de celle de Tokyo qui est en cours). À quatre reprises, c’est l’État qui jouait à domicile qui a remporté le plus de médailles d’or: l’Union soviétique en 1980, les États-Unis en 1984 et 1996, et la Chine en 2008. Mais il faut noter que de base, ces pays étaient déjà de gros compétiteurs. Qu’importent où se déroulaient les JO, ils arrivaient souvent parmi les meilleurs.

Pour les plus petits pays, c’est plus difficile puisqu’ils n’ont pas réussi à se hisser en pôle position. Il n’empêche, ils ont quand même gagné plus de médailles qu’à l’accoutumée. En 1988 par exemple, la Corée du Sud est arrivée 4e, alors qu’elle était 10e en 1984 et 7e en 1992. Le même scénario arrive à chaque fois. L’Espagne était 6e en 1992 (contre 25e aux JO précédents), l’Australie 4e en 2000 (alors qu’elle était 7e en 1996) et la Grèce 15e en 2004 (avant de dégringoler en 60e position aux JO suivants). Le Royaume-Uni a rivalisé avec les plus grands en arrivant 3e à Londres, juste derrière les USA et la Chine. Quant au Brésil, il est passé de 22e en 2012 à 13e à Rio.

Si on remonte encore plus dans le temps, il existe des exemples encore plus frappants. En 1904, le Royaume-Uni n’avait par exemple gagné que deux petites médailles, dont une d’or. Quatre ans plus tard, à Londres, les Britanniques en ont récolté 146, dont 56 d’or. Précisons juste qu’à cette époque-là, il n’y avait même pas une vingtaine de pays participants.

Un phénomène dû à plusieurs facteurs

L’«effet domicile» semble donc bien réel, mais à quoi est-il dû? Un chercheur de l’University College de Londres, Nigel Balmer, a tenté de le savoir. «Il y a un certain nombre de facteurs qui peuvent avoir un impact», déclare-t-il à la NPR (National Public Radio) américaine. Tout d’abord, il y a une meilleure préparation des athlètes à domicile. Mais le nerf de la guerre, c’est l’argent. «Avec les matchs à domicile, vous pouvez généralement inscrire plus d’athlètes parce que c’est moins cher», explique-t-il. De ce fait, mathématiquement, les chances de médailles sont décuplées.

Autre élément: le «facteur voyage». «Certaines équipes doivent voyager plus loin et elles pourraient être plus fatiguées». Puis il y a aussi la familiarité avec les lieux. «Vous pouvez imaginer que cela ait plus d’impact sur des disciplines comme le BMX ou la voile, où vous avez des conditions d’accueil très spécifiques».

Et enfin, il y a le «facteur foule». «C’est l’idée selon laquelle le soutien d’une foule bruyante à domicile peut réellement augmenter vos chances de gagner». Mais détail surprenant: cet effet positif se fait surtout sentir dans les sports où les athlètes sont jugés par des personnes extérieures, comme le jury en gymnastique. Le soutien du public pour tel ou tel candidat peut avoir une influence sur leur subjectivité et par conséquent, ils se montreraient plus cléments vis-à-vis de ceux qui jouent à domicile. Par contre, l’avantage de jouer à domicile disparaît dans les autres sports plus «objectifs», comme pour les épreuves de sprint.

En gros, pour soutenir un athlète, il vaut mieux applaudir le plus possible lorsqu’il y a un jury ou un officiel quelconque. À l’inverse, pas besoin de s’écorcher la voix pour le tir à l’arc. Cela ne changera rien.

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