Pourquoi Philip Morris veut que vous arrêtiez de fumer

En voulant « un monde sans cigarettes », le géant du tabac veut devenir un leader de la santé. Tentative d'enfumage ?

Bientôt plus de cigarettes grâce à... Philip Morris ? - Unsplash

705 milliards de cigarettes sont sorties des usines de Philip Morris l’an dernier, pour 28 milliards de dollars de bénéfices net. Et pourtant, le géant du tabac, propriétaire notamment de la célèbre marque Marlboro, dit vouloir un monde sans cigarettes. « Le plus tôt sera le mieux, pour tout le monde », a déclaré son PDG Jacek Olczak au Sunday Telegraph. Il a d’ailleurs annoncé que son groupe cesserait d’en vendre au Royaume-Uni d’ici dix ans, quelques mois après avoir fait part de la même volonté au Japon.

Depuis sa prise de fonction en mai dernier, l’homme d’affaires ambitionne de mener la transition de la société américaine, entamée par son prédécesseur en 2016, vers des alternatives, comme les cigarettes électroniques et le tabac à chauffer. De son propre aveu, ces produits ne sont pas sans risques. « Il est toujours mieux de ne jamais commencer à fumer ou d’abandonner complètement le tabac et la nicotine ». Il assure néanmoins que ces derniers sont moins dangereux pour la santé que la cigarette, alors que leur nocivité est encore débattue.

Avenir sans fumée ou déclaration fumeuse ?

Un changement de stratégie que la Fondation contre le Cancer ne voit pourtant pas d’un bon œil. « Les alternatives prétendument saines à la cigarette leur procurent des marges bénéficiaires plus élevées encore », pointait-elle déjà en octobre dernier, dénonçant « une manipulation criminelle » de la part de Philip Morris. Alors qu’elle annonce un investissement d’un milliard de dollars sur douze ans dans la « Fondation pour un monde sans fumée », l’entreprise continue à prospecter de nouveaux marchés pour la cigarette classique, notamment en Asie et en Afrique, ajoute l’organisation.

Si ses intentions peuvent paraître louables, notamment face aux enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux actuels, le groupe Philip Morris reste néanmoins sur la même trajectoire, celle de vendre des produits addictifs. Pire encore, certains d’entre eux s’adressent directement aux jeunes qui ne fument pas (encore). C’est ainsi que l’entreprise avait dû suspendre en 2019 sa campagne de publicité pour ses cigarettes électroniques IQOS, après avoir rémunéré une influenceuse âgée de 21 ans pour en faire la promotion. Rappelons également le cas de la marque Juul, dans laquelle le cigarettier Altria (Marlboro) a lourdement investi, accusée d’avoir vendu illégalement ses produits à des mineurs et d’avoir ciblé des élèves. Ce qui lui vaut une montagne de litiges juridiques.

Dans son enquête publiée en avril dernier, Le Monde pointait également le lobbying de Philip Morris derrière la Fondation pour un monde sans fumée. Créée en 2017, celle-ci se donne, sur papier, pour mission de promouvoir l’arrêt du tabac et la réduction du risque tabagique. Mais, dans les faits, elle servirait avant tout à promouvoir les alternatives à la cigarette.

Faire partie du problème… et de la solution ?

Dans le cadre d’une « évolution naturelle vers la santé et le bien-être », le plus grand cigarettier de la planète se développe également dans les produits hors du tabac et de la nicotine. Il a annoncé début juillet un accord pour racheter pour un milliard de livres Vectura, société britannique spécialisée dans les inhalateurs médicaux destinés à soigner les maladies notamment liées… au tabagisme.

Sans surprise, cette « nouvelle » stratégie – qui est en place depuis cinq ans – suscite la méfiance, notamment des militants anti-tabac. « Philip Morris déclare vouloir la fin de la cigarette d’ici quelques années, mais comment peut-on prendre cela au sérieux de la part d’une société qui vend une cigarette sur dix fumées dans le monde ? » déclare à la BBC Deborah Arnott, la dirigeante de l’association de santé publique britannique Action on Smoking and Health, appelant les compagnies si puissantes à participer plutôt au financement de campagnes de prévention anti-tabac. Selon l’Organisation mondiale de la santé, ce fléau fait plus de 8 millions de morts dans le monde chaque année.

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