Alexander De Croo tient la barre d’un navire qui tangue de crise sanitaire en crise gouvernementale

Menacé de tomber sur le dossier des sans-papiers, le gouvernement De Croo vacille mais tient bon. Nécessité oblige.

Alexander De Croo @BelgaImage

Dix mois après son entrée en fonction, Alexander De Croo tient la barre d’un navire qui tangue de crise sanitaire en crise gouvernementale, de la neutralité de l’État à la cause des sans- papiers. Sur la grève de la faim des sans-papiers, avec la menace d’une démission du PS et d’Écolo en cas de mort, le Premier ministre n’a pu que chausser ses bottes en pleine tragédie des inondations pour en sortir. Passer à travers tout, en soutenant ses ministres l’un à gauche, puis l’autre à droite, telle est la méthode De Croo. Un slalom perpétuel. Et pour cause. “C’est la première fois qu’autant de partis gouvernent ensemble. Or sept partis, ce sont sept logiques idéologiques et sept intérêts partisans. Avec un Premier ministre issu du septième parti du pays. Il se profile comme un arbitre, mais il n’a pas la force d’imposer une ligne. Il se contente d’être pragmatique”, analyse Dave Sinardet, politologue à la VUB et à Saint-Louis.

L’aventure Vivaldi, en incluant le CD&V, est très éloignée de celle de l’arc-en-ciel de 1999 qui avait embarqué les verts aussi. C’est aussi dû à la personnalité d’Alexander De Croo. “Il est moins flamboyant, volontariste mais aussi moins dictatorial que Verhofstadt. Mais Verhofstadt était le leader de libéraux forts. De Croo est plus proche de la manière de faire de Di Rupo dans la recherche de consensus et plus proche de Charles Michel qui avait du mal à s’imposer. On est loin de l’autorité naturelle d’un Jean-Luc Dehaene”, évalue Dave Sinardet. On pourrait ajouter comme qualité à l’actuel Premier une grande convivialité, un côté très accessible, un dialogue permanent et une bonne dose d’optimisme.

Il était beaucoup plus facile de s’accorder dans la Suédoise, tout à droite, mais ça ne fonctionnait pourtant pas non plus. Le problème vient de l’échiquier électoraliste. Dans le gouvernement précédent, les partis flamands s’entre-tuaient pour exister. Cette fois-ci, ce sont les partis francophones. “Les partis flamands ont une forte opposition avec le Vlaams Belang et la N-VA en face d’eux. Ils ne veulent pas donner une image instable tandis que les partis francophones n’ont cette fois pas d’opposition, sinon le PTB. Ils utilisent le gouvernement fédéral comme marchepied pour se faire remarquer, Georges-Louis Bouchez en particulier, et De Croo a du mal à canaliser ça.” Pour s’en sortir, De Croo joue sur la jeunesse de son comité ministériel restreint avec beaucoup de novices et peu d’animaux politiques, à part Franck Vandenbroucke avec qui De Croo a préféré former un tandem pour gérer la crise sanitaire. Tiendra, tiendra pas? La Vivaldi a notamment programmé une réforme des pensions et une autre de la fiscalité qui vont démultiplier les conflits gauche-droite dès la rentrée. Pour garder sa majorité en place, Alexander De Croo a bien des soucis devant lui. Mais en attendant, les Belges sont assez positifs. Alexander De Croo est même le politique le plus populaire de Flandre dépassant le ministre-président N-VA, Jan Jambon.

 

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