Namur et Liège: la principale différence entre les deux inondations

Toutes les deux sont impressionnantes, mais les inondations de ce samedi à Namur et du 14 juillet à Liège n'ont pas le même profil. Explications.

Au lendemain des inondations à Dinant. - BELGA

Comme un air de déjà-vu, et pourtant… Dix jours après les inondations dévastatrices et meurtrières en province de Liège, la Belgique était à nouveau sous eau ce week-end. Frappées par de violents orages, les rues de Dinant et de Namur se sont rapidement transformées en torrent, emportant voitures et débris sur son passage et détruisant les trottoirs. Si on ne déplore heureusement aucune victime cette fois, les dégâts matériels sont tout aussi impressionnants. Et la désolation des habitants, déjà touchés par les précédentes inondations, encore plus grande. Pour eux, le cauchemar est le même. Mais dans les faits, le phénomène est différent.

La goutte qui fait déborder le vase

À Liège, les 14 et 15 juillet, les conditions météorologiques étaient exceptionnelles : jusqu’à 271 mm de pluie ont été relevés à Jalhay en 48 heures, soit plus du double de la normale. « Cela arrive statistiquement une fois en 200 ans », soulignait vendredi dernier le responsable des prévisions météorologiques à l’IRM, David Dehenauw. À l’origine de ces précipitations ininterrompues ? Une « goutte froide » qui, selon les météorologues, représente une masse d’air froide qui stagne à haute altitude, parfois pendant plusieurs jours sur une même zone géographique, entraînant des pluies continues et, dans des cas plus graves, des inondations. C’est ce qu’il s’est produit dans la province ardente et le reste de la Wallonie. Les cours d’eau et les barrages n’ont plus pu contenir un tel déluge, provoquant ainsi des débordements.

Phénomène plus classique

Ce samedi, le phénomène observé dans la province namuroise est, lui, plus classique. « On a eu des orages habituels comme on peut en avoir en été, aggravés par certains facteurs de circonstance », analyse Sébastien Doutreloup, climatologue à l’ULiège, à nos confrères de La Libre. Les chutes de pluie étaient cette fois limitées dans le temps et dans l’espace. Mais, localement intenses, elles ont touché des sols qui avaient déjà été touchés par les inondations de la semaine précédente, et donc saturés encore en eau.

Autre facteur aggravant: les lieux en question. Dans des zones urbanisées, comme à Dinant ou à Namur, la capacité de rétention est « extrêmement réduite » en raison de l’aménagement du territoire et des routes bétonnées, comme l’explique au Soir Marnik Vanclooster, hydrologue à l’UCLouvain. Résultat: un torrent d’eau et de boue, venant des sols agricoles saturés, déferle dans les rues, parfois pentues, avec une force et une vitesse impressionnantes.

Toutes les inondations subies dans le Namurois samedi n’ont évidemment pas une cause identique, mais la majeure partie des dégâts induits est due à un phénomène de ruissellement, même si on ne peut pas nier l’impact des précédentes crues sur le réseau d’écoulement des eaux.

Et maintenant ?

Se contenter de reconstruire à l’identique ce qui a été détruit ne résoudra pas les problèmes. Au contraire. Qu’il s’agisse de ruissellement ou de débordement, ces inondations prouvent qu’il est urgent de repenser le territoire wallon, son urbanisme et ses rivières. D’autant plus que ces catastrophes sont amenées à se multiplier à l’avenir en raison du dérèglement climatique. Plusieurs bourgmestres de communes sinistrées ambitionnent de mener un examen sur le terrain, et de relever l’ensemble des points problématiques. Certains éléments sont déjà connus, et ce depuis longtemps : la Wallonie a besoin d’un meilleur réseau d’évacuation et de retenue des eaux, d’une gestion efficace des sols, mais aussi, et surtout, de mener une réflexion globale sur l’urbanisme, en acceptant, une bonne fois pour toutes, que la nature est indomptable.

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