Sans-papiers: la zone neutre victime de son succès

Face à l'afflux de sans-papiers espérant faire avancer leur dossier, la zone neutre mise en place pour les demandes de régularisation sera fermée à partir de lundi aux non-grévistes.

La file d'attente devant la zone neutre pour les sans-papiers. - BELGA

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées vendredi, à compter de 06h00, devant l’espace aménagé en « zone neutre », rue Melsens à Bruxelles, à proximité de l’église du Béguinage, l’un des trois sites où a pris place la grève de la faim des sans-papiers, a indiqué la porte-parole de la police de Bruxelles-Ixelles Ilse Van de Keere. Vu l’affluence, l’espace a été fermé aux non grévistes et le restera à l’avenir.

Une longue file s’est créée depuis le matin, puis la foule s’est répartie sur la place avoisinante. Des policiers ont gardé l’entrée de la zone neutre. Le mot a été passé dans la matinée que le lieu n’était plus accessible qu’aux seuls grévistes de la faim, pour lesquels des juristes sont en train de rassembler leurs dossiers en vue d’une première rencontre la semaine prochaine. En début d’après-midi, des personnes sans-papiers encore présentes ont été dirigées vers une longue table en extérieur pour recevoir des explications.

Cette zone neutre a été ouverte par le secrétaire d’Etat en charge de l’Asile et de la Migration Sammy Mahdi (CD&V) afin d’entamer un dialogue avec les grévistes de la faim sur base de réexamens individualisés de leurs demandes de régularisation. Depuis lors, d’autres personnes sans-papiers s’y sont rendues en espérant également bénéficier d’une révision de leurs dossiers. Elles ont reçu des informations sur les procédures existantes.

sans papiers

Jeudi, au lendemain de la suspension de la grève de la faim, elles étaient particulièrement nombreuses à être venues devant la zone neutre. Des tickets pour des rendez-vous ultérieurs ont été distribués aux personnes faisant encore la file à la fermeture du service. Ceux-ci seront honorés et permettront de donner des informations sur les procédures actuelles. Mais le cabinet de Sammy Mahdi souligne qu’il n’y aura pas d’examen des dossiers des personnes sans-papiers non grévistes au sein de la zone neutre. Il rappelle que les demandes de régularisation sont normalement traitées au niveau de l’Office des Étrangers, après un dépôt des dossiers dans les administrations communales.

Depuis 2018, la moitié des demandes de régularisation finalisées ont débouché sur une réponse positive. En 2020, il y a eu près de 1.850 décisions positives qui ont permis la régularisation d’environ 3.500 personnes, un dossier pouvant rassembler plusieurs personnes. En comparaison, de 2014 à 2016, environ mille personnes par an ont été régularisées, avec un taux de positivité des décisions oscillant de 10 à 20%. Le nombre de régularisations est monté à près de 1.450 en 2017 (4.500 dossiers entrés et finalisés), puis à 2.300 en 2018 (plus de 2.500 demandes abouties) et à un peu plus de 3.300 en 2019 (près de 3.000 demandes). En 2020, ce sont les personnes de nationalité marocaine qui ont été les plus déboutées, suivies par celles originaires d’Arménie et d’Albanie puis par les Congolais.

Venus de plusieurs villes

Vendredi, il y avait beaucoup de personnes, majoritairement des hommes, venant d’Afrique du nord et qui vivent depuis longtemps sur le territoire belge en travaillant au noir. Ces personnes qui ne peuvent pas prétendre au statut de réfugié sont cataloguées comme des « migrants économiques ». Certains sans-papiers présents ont fait le déplacement depuis d’autres villes du pays pour ne pas manquer ce qu’ils estiment être une opportunité de révision de leur dossier.

« Cela fait 13 ans que je suis en Belgique« , a souligné Jacques-Philippe Dadzie, un Togolais de 50 ans. « Je viens de Namur pour les papiers… J’ai fait plusieurs demandes de régularisation – le statut de réfugié et le 9ter pour raisons médicales – et je n’ai eu que des refus. J’ai passé treize ans ici et j’ai 50 ans. Je n’ai plus rien qui m’attend au pays. Je suis handicapé, j’ai un pied amputé, mais je veux des papiers pour travailler. Je suis soudeur et cela fait partie des métiers en pénurie en Belgique.« 

D’autres profils sont plus atypiques, comme celui d’Amirul Hossain, un ressortissant du Bangladesh âgé de 42 ans. Il a quitté l’Angleterre et vit depuis dix ans à Gand, où il travaille comme chef de cuisine dans des hôtels avec sa femme : « Notre fils de 18 ans est allé à l’école ici. De 2011 jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons jamais demandé la moindre aide de l’Etat. Nous avons toujours travaillé. (…) Aujourd’hui, je suis venu car j’espère que mon dossier sera rediscuté. J’espère. On a accusé deux refus de régularisation.« 

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