Pegasus: quatre questions pour comprendre cette affaire de cyberespionnage

Les révélations se multiplient depuis près d'une semaine à propos du logiciel espion Pegasus. Décryptage en quatre points.

Charles Michel fait partie des victimes potentielles. - AFP

C’est un scandale de grande ampleur qu’un consortium de 17 médias internationaux a mis au jour le 18 juillet dernier. Celui-ci a révélé que des personnalités politiques, journalistes, activistes et autres figures de la vie publique ont été espionnées dans le monde entier grâce à un logiciel de piratage de smartphone baptisé « Pegasus ». Depuis, les révélations s’enchaînent, tant sur les victimes potentielles que les commanditaires. Qualifiée de plus grande affaire de surveillance depuis Snowden, cette enquête de longue haleine, guidée par Forbidden Stories et Amnesty International, n’a pas fini de faire parler d’elle. Reprenons depuis le début.

Pegasus, késako ?

Pegasus est un logiciel espion, l’un des plus sophistiqués de la planète, conçu par la société israélienne NSO Group. Introduit dans un smartphone, aussi bien des iPhones que des Androïds, cet outil permet de siphonner les photos, les e-mails, les contacts et les messages – incluant ceux échangés par le biais d’applications sécurisées comme Signal ou WhatsApp –, d’écouter des appels et d’activer le micro ou la caméra du téléphone à distance. Bref, tout ce qui passe par votre téléphone est vu, lu et entendu par le logiciel et transmis à son utilisateur. Le tout, sans que le propriétaire ne s’en rende compte.

Pour ce faire, le logiciel détecte les failles de sécurité des applications et logiciels inclus dans la plupart des smartphones et les exploite, avant même que les services techniques ne les repèrent. Vendu à des gouvernements pour permettre aux forces de police ou aux services de renseignements d’exécuter leurs missions, certains Etats l’auraient utilisé à d’autres fins: surveiller des personnalités et des politiques étrangers.

Qui est visé ?

Officiellement, selon l’entreprise NSO Group, Pegasus sert uniquement à lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée. Toutefois, la liste de 50.000 numéros de téléphone potentiellement surveillés depuis 2016, qu’ont pu consulter Amnesty International et Forbidden Stories, présente très peu de personnalités en lien avec cet objectif. À la place, on retrouve des activistes, avocats, journalistes, universitaires, diplomates, opposants politiques, femmes et hommes politiques, chefs d’Etat…

Parmi ces numéros, on trouve celui du président français Emmanuel Macron, de son ancien Premier ministre Edouard Philippe, de l’ancien Premier ministre belge Charles Michel, ou encore de son père, l’ancien ministre des affaires étrangères et eurodéputé Louis Michel.

Qui l’utilise ?

Au moins dix pays parmi la quarantaine de clients de NSO seraient impliqués dans l’affaire. D’après les révélations des journalistes, le Mexique, les Emirats arabes unis et le Maroc totaliseraient à eux trois plus de 35.000 numéros, appartenant majoritairement à des avocats, des dissidents politiques et des militants. D’autres pays sont également cités, comme l’Arabie saoudite, le Rwanda, le Kazakhstan ou encore, en Europe, la Hongrie. Des accusations que la plupart des pays mis en cause réfutent. Considéré comme l’un des plus gros clients de NSO Group, le Maroc a d’ailleurs porté plainte contre les deux organisations pour diffamation. Après les dénégations, d’autres pays ont annoncé l’ouverture d’enquêtes sur ce logiciel espion, pour mieux l’encadrer… ou le blanchir.

En Inde, également mise en cause, ces révélations ont déclenché une véritable tempête politique. Parmi le millier de noms sélectionnés par New Delhi comme d’éventuelles cibles figurent les numéros du chef de l’opposition, Rahul Gandhi, de journalistes, de responsables d’agences de sûreté mais aussi des proches du dalaï-lama, en exil dans le nord du pays.

En quoi Pegasus représente-t-il une menace ?

En ciblant potentiellement des journalistes, militants et opposants politiques, le projet Pegasus menace les droits humains et la liberté de la presse. Ce samedi, Amnesty International a d’ailleurs alerté sur « les effets dévastateurs sur les droits humains partout dans le monde d’un secteur de la cybersurveillance peu réglementé », demandant un moratoire sur la vente et l’utilisation des technologies de surveillance avant la mise en place d’un cadre réglementaire.

« Le fait que de hauts responsables politiques aient eux-mêmes été pris dans les filets des technologies de surveillance va, espérons-le, alerter enfin les États du monde entier sur l’impérieuse nécessité de réagir en réglementant ce secteur », écrit l’ONG dans un communiqué. « Si des dirigeants de la planète sont ainsi pris pour cible, cela confirme davantage encore que les droits de toutes les personnes, notamment ceux des militants des droits humains, des journalistes et des avocats, sont en danger. »

Plus d'actualité