Inondations: la catastrophe aurait-elle pu être anticipée?

Les autorités belges ont reçu pas moins de 25 alertes aux inondations en quatre jours avant le déluge. Mais rien n'a été fait pour anticiper le sinistre.

Pepinster - Belga

Catastrophe naturelle d’une ampleur exceptionnelle, la faute à personne ? Voire… Une semaine après les terribles inondations qui ont coûté la vie à 31 personnes en Wallonie et leur logement à des milliers d’autres, un bilan politique s’impose. Le journal flamand Het Laatste Nieuws a retracé les événements de la semaine dernière. Et une question se pose : la catastrophe aurait-elle pu être, sinon évitée, du moins anticipée ?

25 alertes aux inondations en quatre jours

Car les alertes étaient là, émises dès le 9 juillet par l’EFAS, système européen d’alerte aux inondations. La première alerte, émise vendredi 9, donc, concernait le Rhin qui menaçait de sortir de son lit à la frontière belgo-allemande. Le lendemain, l’EFAS alertait que la Meuse faisait de même du côté de la frontière belgo-néerlandaise. Toutes les autorités belges compétentes ont été alertées. En tout, pas moins de 25 alertes ont été lancées en quatre jours !

Pourquoi aucune mesure n’a-t-elle été prise en amont, dès les premières alertes de l’EFAS ? Parce que personne ne prend ce système européen très au sérieux. On n’y prête peu de confiance, les informations y sont jugées « pas très concrètes » du côté de l’IRM (l’Institut Royal Météorologique) qui n’y est d’ailleurs pas abonnée. Peut-être aussi que cet institut européen joue sur les plates-bandes nationales et est vu comme un concurrent ? Quoi qu’il en soit, la Région wallonne, ni le ministre du Climat, ni le Fédéral, ni l’IRM n’y ont prêté grande attention.

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Pourquoi personne n’a anticipé ?

D’ailleurs, l’IRM a lancé sa propre alerte orange lundi 12 juillet (trois jours après la première alerte de l’EFAS, donc) et a changé la couleur de cette alerte en rouge deux jours plus tard, le mercredi 14, jour où se sont abattues des pluies torrentielles sur la Wallonie. Le sinistre a eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi. Mais là non plus, sur base des alertes IRM, peu a été fait par le politique pour anticiper les inondations. Pourquoi ?

Du côté des bourgmestres, l’heure était plutôt à l’apitoiement, au choc devant un état de fait incontrôlable. On en a entendu, jeudi sur le temps de midi, pleurer en direct sur la RTBF face à leur impuissance. Daniel Bacquelaine, bourgmestre de Chaudfontaine, est revenu cette semaine sur les inondations en parlant de phénomène exceptionnel : « Nous savions que l’eau allait monter. Ceci dit, on ne pensait pas atteindre un tel niveau. De mémoire d’homme, on n’a jamais vu ça. En termes de sauvetage, le matériel n’est pas adapté aux situations qu’on a vécues. On a dû faire appel au secteur privé ». Bref, personne n’était prêt à faire face à un phénomène de cette ampleur.

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Exceptionnel ou « nouveau (a)normal » ?

Mais ces inondations sont-elles exceptionnelles ? Où s’agit-il du « nouveau (a)normal » ? Depuis des années que l’on parle du changement climatique et des catastrophes naturelles qu’il intensifie ? François Gemenne, chercheur au Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), interrogé par Le Soir, résumait la situation ainsi : « Tout le monde a été surpris par l’ampleur de la catastrophe, mais notre surprise vient largement du fait que nous imaginons que les événements climatiques extrêmes se produisent ailleurs que chez nous, que c’est un truc des pays du sud ou qui se produira dans un futur lointain. On regarde ces événements comme nous regardions le coronavirus lorsqu’il était encore en Chine. Or, on sait bien que le changement climatique va rendre ces événements climatiques à la fois plus fréquents et plus violents ».

Alors, cette catastrophe naturelle aurait-elle pu être anticipée ? Surtout, les prochaines le seront-elles ?

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