Quand les joueuses norvégiennes de beach handball bravent le sexisme

Pour avoir refusé de jouer en bikini, l'équipe norvégienne de beach handball a écopé d'une amende de 1.500 €. Une décision qui provoque un tollé en Norvège, et ailleurs.

La joueuse norvégienne Elisabeth Hammerstad, en 2018. - BELGA

Lundi 19 juillet, la Fédération européenne de handball a infligé une amende de 1.500€ à l’équipe norvégienne, soit 150€ par joueuse, pour avoir enfreint les règles internationales. Leur faute ? Avoir revêtu un short plutôt qu’un bas de bikini lors de leur dernier match au championnat d’Europe de handball de plage.

Car si le port du bikini n’est plus obligatoire au beach-volley depuis 2012, le règlement de la Fédération internationale de handball stipule que les joueuses doivent porter des bas de bikini « ajustés et échancrés ». « Les côtés doivent être larges d’au maximum 10 cm », y est-il encore précisé. Une tenue jugée dégradante et peu pratique par les athlètes, en particulier lorsqu’elles ont leurs règles. Pour le haut, les joueuses doivent porter une brassière de sport moulante avec des ouvertures au niveau des bras. Aucun critère de performance sportive ou autre derrière cette obligation d’autant plus surprenante que les hommes, eux, jouent… en maillot et en short.

« Une vision aussi macho de la femme appartient à une autre époque », s’est indigné mardi un journal régional norvégien dans son éditorial. « En 2021, ça ne devrait même pas être un sujet », a renchéri le président de la Fédération norvégienne de volleyball, Eirik Sordahl, auprès de l’agence nationale NTB.

« C’est complètement ridicule, a également tweeté Abid Raja, le ministre norvégien de la Culture, chargé des questions sportives. Punaise, que de changements d’attitudes sont nécessaires dans l’univers international macho et conservateur du sport. »

Mardi, l’association norvégienne de handball (NFH) a, quant à elle, apporté son soutien envers son équipe. « Nous sommes vraiment fiers de ces filles qui durant le championnat européen ont élevé leurs voix et ont annoncé ‘trop, c’est trop’. Nous sommes derrière vous. Ensemble, nous continuerons à lutter pour changer les règlements vestimentaires, afin que les joueuses puissent jouer dans les tenues dans lesquelles elles sont à l’aise », a-t-elle partagé sur Twitter. Très vite, l’équipe de Norvège a ensuite reçu le soutien de plusieurs pays, comme la Suède, le Danemark ou encore la France. « J’ai perdu des joueuses à cause de ce maillot de bain imposé, confie Valérie Nicolas, la sélectionneuse de l’équipe de France, à Fox News. Les joueuses me disent qu’elles ne se sentent pas à l’aise, qu’elles se sentent nues et observées. »

Corps contrôlés et sexualisés

Cette énième polémique vestimentaire, un phénomène récurrent dans le milieu encore misogyne de la compétition, survient quelques jours seulement après d’autres critiques visant cette fois l’athlète paralympique Olivia Breen. Fin de semaine dernière, après la compétition de saut en longueur du championnat d’Angleterre, l’une des officielles de la compétition a jugé son short « trop court » et « inapproprié ». Soit complètement l’inverse.

En avril dernier, la gymnaste allemande Sarah Voss a osé porter une combinaison intégrale lors des championnats d’Europe pour dénoncer « la sexualisation de la gymnastique », tandis qu’en février, la Fédération internationale de volleyball (FIVB) avait sérieusement envisager d’interdire le port du bikini aux athlètes lors du tournoi au Qatar, malgré le climat chaud de Doha.

À la veille des Jeux Olympiques de Tokyo, les tenues et les corps des athlètes sont une nouvelle fois contrôlés. « À toutes les organisations sportives internationales : puisque vous estimez que vous avez un droit de regard sur les tenues des sportives, essayez au moins de vous mettre d’accord », ironise la militante féministe Marie Bongars sur son compte Instagram. « Ces femmes sont sur le terrain, les pistes, les tapis… pour gagner des médailles et mettre à profit des années d’entraînements. Pas pour que vous jugiez si leurs culs, leurs poitrines, leurs têtes, leurs jambes sont trop ou pas assez découverts. »

Face aux critiques, la Fédération européenne de handball a indiqué que le sujet de la réglementation des tenues sera traité par la nouvelle commission de handball de plage en août prochain, soulignant toutefois qu’un changement des règles ne pouvait se produire qu’au niveau international.

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