Après les inondations, l’heure est au bilan dans une Wallonie dévastée

27 morts, des dégâts incommensurables, de la détresse et de la solidarité: la catastrophe qui a touché la Wallonie est sans précédent. Le bilan ne cesse de s'alourdir.

Les dégâts sont impressionnants, en particulier dans la province de Liège. - BELGA

Les niveaux des cours d’eau sont globalement en train de se stabiliser ou de diminuer en Wallonie, après les intempéries et les inondations qui ont ravagé une partie du pays de mardi soir à vendredi. Cette tendance devrait se poursuivre dans les prochaines heures, prévoit la direction générale opérationnelle de la Mobilité et des Voies hydrauliques. Selon l’agence Belga, seules la Mehaigne, la Meuse, l’Ourthe et la Basse Lesse se trouvaient toujours en alerte de crue ce samedi matin, avec les risques de débordements que cela comporte.

Sur le terrain, la situation reste dramatique. La décrue a laissé place à la désolation. Les dégâts sont innombrables, le décor apocalyptique. Les habitants, les larmes aux yeux, découvrent leur quartier jonché de déchets en tout genre et de boue, souvent empestée par le mazout qui s’échappe des bidons éventrés. Noyées parfois sous deux à trois mètres de haut, leurs maisons sont dévastées, voire complètement détruites. « On ne va rien pouvoir garder, tout est foutu », déplore une habitante du village de Vaux-sous-Chèvremont, en amont de Chaudfontaine, auprès de nos confrères de l’Avenir. « Au rez-de-chaussée, il n’y a plus rien. Toute une vie a été emportée par le déluge », pleure un Verviétois, venu aider sa grand-mère.

Au total, quelque 120 communes ont été touchées aux quatre coins du pays. Mais outre les dégâts matériels, le bilan est également lourd au niveau humain. Au moins 27 personnes ont perdu la vie, principalement dans la province de Liège, selon le dernier décompte du centre de crise. « Malheureusement, nous devons tenir compte du fait que ce nombre va encore augmenter dans les heures et les jours à venir », étant donné que les secours sont toujours à l’œuvre et de nombreuses personnes sont portées disparues.

maison détruite après les inondations

Vague de solidarité

Depuis plusieurs jours, les élans de solidarité se sont multipliés pour venir en aide aux sinistrés. Partout en Belgique, des particuliers et des entreprises privées se proposent de rassembler des dons, avec l’aide de bénévoles toujours plus nombreux. Submergés par la générosité des citoyens, plus ou moins épargnés, ils n’ont pas assez de camions et de camionnettes pour acheminer vêtements, vivres et autres matériaux de première nécessité.

Désormais, la Croix-Rouge insiste sur un autre type de dons. « Avant les vêtements, nous avons surtout besoin de dons financiers », interpelle la porte-parole de l’organisation dans Le Soir, qui lance un appel national, avec son pendant néerlandophone, la Rode Kruis. « Là, nous sommes encore dans la phase d’urgence. Après viendra la phase de reconstruction où une aide financière sera largement nécessaire. »

Les refuges se mobilisent également pour sauver et héberger les animaux piégés par les inondations. « Les pompiers privilégient les humains aux animaux et c’est tout à fait compréhensible. On essaye d’intervenir quand c’est possible mais c’est difficile. On a énormément d’appels de personnes qui nous demandent de prendre leur animal en charge », indique Fabrice Renard, responsable du refuge Animal Sans Toit, tandis que Help Animals a sillonné le Brabant wallon, pour mettre ces rescapés à quatre ou deux pattes en sécurité.

chat secouru

Sentiment d’abandon

Malgré cette solidarité, les sanglots se mêlent à la colère, au lendemain de la catastrophe. Des personnes sans scrupule ont profité des vitres brisées et des évacuations pour piller des commerces et des maisons sinistrées. Beaucoup estiment également avoir été abandonnés pendant les deux nuits qu’a duré l’inondation. Soit ils ont attendu les pompiers en vain, soit ces derniers se révélaient impuissants, à défaut d’avoir un matériel suffisamment efficace. Certains ont dû se mettre à l’abri au deuxième ou troisième étage de leurs maisons, pendant que d’autres ont été délivrés par des inconnus, qui grâce à des embarcations de fortune et beaucoup de courage, sont parvenus à les emmener dans un lieu sûr.

« Que des maisons s’effondrent, c’est dû à la force de l’eau. Mais que l’on ne soit pas capable d’atteindre des personnes sinistrées, ça, c’est une leçon que nous devons tirer », a déclaré vendredi matin sur La Première le ministre-président wallon Elio Di Rupo. Quelques heures plus tard, en conférence presse, le socialiste a tout de même appelé à « saluer le travail de tous, y compris de la Protection civile. Les forces de secours ont travaillé jour et nuit, n’allons pas plus vite que la musique. On évaluera au niveau régional, au niveau fédéral. »

Samedi matin, Alexander de Croo et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se sont rendus à Rochefort et à Pepinster pour constater les dégâts des intempéries. Dans l’après-midi, le Premier ministre se rendra à Eupen, avant de clôturer ses visites par Maaseik. Un jour de deuil national a été décrété ce mardi 20 juillet pour les victimes des inondations meurtrières. À 12 heures précises, les sirènes des services de secours et d’intervention sonneront, un moment suivi d’une minute de silence. Les drapeaux seront mis en berne.

Plus d'actualité