Quand Rudy Léonet rencontre Oasis « Une journée qui avait mal commencé »

On dit qu’interviewer Liam Gallagher est une aventure risquée. C’est vrai, mais ça peut être magique aussi. La preuve…

Oasis - BelgaImage

Illustré par Clarke, le livre Access All Areas de Rudy Léonet paraît en octobre. Pendant cinq semaines, nous en publions des extraits où – de Bowie à Daho, et de Gainsbourg à Cure – les belles rencontres se succèdent.

Le 31 octobre 1995, Oasis joue au théâtre La Luna à Bruxelles. Et dans l’après-midi je dois rencontrer Liam. Sa réputation le précède et j’y vais à reculons. J’ai tort de m’en faire parce que je ne sais pas encore qu’il ne viendra jamais et que je vais y gagner au change en assistant à une parenthèse rare. Les frères Gallagher se sont une fois de plus disputés. On me raconte que Liam est enfermé dans sa chambre d’hôtel et qu’il refuse d’en sortir. Qu’il crie à travers la porte qu’il a quitté le groupe. Et c’est probablement la cinquième fois de la semaine.

Au final, il ne viendra jamais à cette interview ni à la balance où tout le monde l’attend. Il arrivera le soir à la dernière minute pour, au bout du compte et comme prévu, monter sur scène. Le tour manager se confond en excuses et me demande si ça ne me dérange pas de faire l’interview avec Noel qui se propose de tout assurer, l’interview avec Studio Brussel, la mienne et tout le soundcheck. Il se révélera charmant, se confondant en excuses pour son frère, redoublant d’énergie et de détails pour apporter des réponses précises à toutes mes questions.

Au moment de faire la balance du concert, Liam n’est toujours pas là et Noel assure seul les essais guitares et voix. Et là c’est le cadeau inattendu d’une journée qui avait mal commencé. Il se lance dans une demi-douzaine de titres, seul à la guitare, assis sur un tabouret devant la salle vide. On ne peut plus l’arrêter. Il chante pour son plaisir et pour celui des vingt collaborateurs qui travaillent sur le concert et qui, d’un coup, arrêtent de s’agiter pour l’écouter en acous­tique off et improvisé. Noel qui démontre que, techniquement, Oasis c’est lui.

Un moment suspendu acclamé par des applaudis­sements clairsemés dans la salle qui résonne de son propre écho. Magique. Le soir même, après le show, Oasis, qui occupe les loges du ­deuxième étage, fera monter un frigo de bières et distribuera des pass AAA au groupe de première partie, les Belges de Huy!, pour les inviter amicalement à faire la fête avec eux. Loin des regards et loin des préjugés.

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