Cannes 2021 : BAC Nord, le film qui donne envie « de voter Le Pen » ?

Le réalisateur y raconte l’histoire d’une unité anticriminalité de la police marseillaise, inculpée de vols de drogue et d’argent. Des journalistes se sont étonnés du choix de suivre le point de vue de ces policiers, surtout à un an des élections en France.

L'équipe du film durant le fameux photocall. (AFP)

En ce moment se tient l’édition 2021 du Festival de Cannes. Pas en mai donc mais en été, entre l’Euro, le Tour de France et les Jeux olympiques. Mais malgré ce changement de dates, tout y est habituel : tapis rouges, montées des marches, films encensés, standing ovations mais aussi, comme souvent, quelques films qui font débat.

Parmi ceux-ci, BAC Nord, du réalisateur français Cédric Jimenez, montré hors compétition. Le film suit une unité de la police marseillaise qui lutte contre la délinquance dans les quartiers sensibles de la cité phocéenne. Derrière les gilets pare-balles, on retrouve notamment Gilles Lellouche, Karim Leklou et François Civil. 

La criminalité et Marseille, des sujets que le cinéaste connait bien puisqu’il avait déjà réalisé « La French » en 2014, qui abordait sur l’ascension du mafieux Gaëtan Zampa dans les années 1970.

Mais dans cette nouvelle œuvre, il suit le point de vue de la police, dans une histoire inspirée de faits réels. L’unité dont parle ce film avait été fort critiquée pour son absence de résultats et a finalement été dissoute. En effet, il a été révélé qu’elle était impliquée dans des vols de drogue ou d’argent, en marge d’interventions dans les cités marseillaises. Ses membres dérobaient l’argent ou la drogue de petits trafiquants. 

Un procès a d’ailleurs eu lieu environ 10 ans après les faits. Parmi les prévenus, 7 ont été déclarés non coupables et 11 ont reçu des peines avec sursis. Mais le parquet a fait appel de ce jugement en mai. 

BAC Nord a été acheté par Netflix pour être distribué dans le monde entier, mais il doit sortir en salles en France au mois d’août.

Le réalisateur Cédric Jimenez. (AFP)

« Des bêtes »

Le tournage du film, qui a eu lieu avant le dénouement du procès, a surpris plusieurs de ses premiers spectateurs, notamment des membres de la presse, car il fait le choix étonnant de suivre le point de vue des policiers mis en cause. Un parti pris notamment commenté par Libération et Télérama.

Le sujet n’a pas manqué d’être abordé ce mardi lors de la traditionnelle conférence de presse, et ce, dès la première question. Un journaliste irlandais de l’AFP a pris la parole, louant les qualités cinématographiques du film, avant de souligner son malaise face au propos défendu par cette œuvre.

« Nous sommes dans une année d’élection et j’ai vu ce film avec l’œil d’un étranger. Juste après, je me suis dit : « Peut-être que je vais voter Le Pen ? » », a commencé le journaliste, provoquant des rires de l’équipe du film, étrangement amusée par cette remarque, qu’il justifie ensuite.

Il poursuit : « À part un petit garçon calmé par du rap, les habitants de la cité ne sont que des bêtes. C’est une vision qu’on voit toujours dans les médias français, dans la presse française : les cités sont des zones où on ne peut pas passer, hors civilisation, où il faut réimposer la loi française… Le film est super mais quand même il y a un problème là. Nous sommes dans une année d’élection. Y avez-vous pensé ? J’étais gêné et je n’étais pas le seul. »

Une question à laquelle Cédric Jimenez ne répond pas vraiment, expliquant plutôt pourquoi un vote d’extrême-droite ne serait pas une solution pour régler les problèmes abordés par son film. « J’espère que Marine Le Pen ne va pas passer grâce à moi », répond le réalisateur, ridiculisant légèrement la question. « J’ai essayé avec le film de raconter des zones de grande difficulté, qui peuvent paraître véritablement hostiles. Mais je ne pense pas qu’il faille régler ça avec un vote radical comme Marine Le Pen. Il faut vers quelque chose de beaucoup plus social. On manque de moyens dans ces endroits-là, ce qui crée de la colère. »

Selon le cinéaste, le film est représentatif de ce qu’a vécu cette unité, mais pas de la vie dans les cités marseillaises. « Les policiers ont affaire à des dealers, à des délinquants, et pas à l’ensemble de la population des quartiers nord. C’est un point de vue, un angle, mais je ne pense pas que le film soit là pour dénoncer les zones de non-droit ou attiser la colère. Au contraire, le problème se trouve au niveau social ou éducatif. »

Manifestement peu convaincu par la réponse, le journaliste irlandais a précisé son propos. « Il y avait tellement de parti pris dans votre vision, alors que le procès n’était pas terminé, que les policiers n’avaient pas été relaxés. Pourquoi avoir pris une telle position ? »

« Vous pensez que je défends la police dans ce film ? Ce n’est pas mon avis », a rétorqué Jimenez. « Je pense avoir plus de recul. Je raconte une situation où la police a un travail difficile à faire, c’est vrai. Moi, je viens de ces quartiers, j’ai eu tendance à avoir des problèmes avec la police quand j’étais jeune. Je comprends très bien ce qui s’y passe. […]. »
Pour le réalisateur, BAC Nord ne parle pas de la vie dans les cités de Marseille, mais bien celle d’une histoire bien particulière. « Je raconte quelque chose d’assez factuel. Je ne fais pas un panorama complet des quartiers nord. C’est évidemment très ciblé sur une affaire et deux trois cités qui posent problème. Dans cette affaire en question, les policiers ne sont pas des anges, mais en face non plus. Je n’espère pas avoir attisé une forme de haine politique en faisant ce film.
»

(avec AFP)

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