Bruxelles : comment éviter une flambée des loyers à la parisienne ?

La Région bruxelloise donne des premières armes aux locataires pour combattre les loyers abusifs.

Immobilier à Bruxelles @BelgaImage

Une hausse de 20 % en quinze ans, en plus de l’inflation. Voilà l’explosion moyenne du montant des loyers en Région bruxelloise. Ce n’est donc pas qu’une impression: se loger à Bruxelles est de moins en moins accessible. Et ce constat favorise surtout les proprié­taires peu scrupuleux et les marchands de sommeil. Elle dégrade aussi les ­conditions de vie. La classe moyenne n’en est heureusement pas (encore?) à loger dans des chambres de bonne, des cagibis ou des studios de moins de neuf mètres carrés pour le prix d’une maison dans les Ardennes, comme à Londres, à Paris et de plus en plus à Amsterdam.

Mais le loyer moyen bruxellois serait de 1.135 euros pour un appartement sans les charges communes, selon le baromètre CIB Vlaanderen. Woluwe-Saint-Pierre affiche les prix les plus hauts (1.234 €) et Jette, les plus bas (757 €). L’Observatoire des loyers évoque plutôt une moyenne de 739 euros par mois, ce qui semble clairement sous la réalité des annonces immobilières. Soit. Les Bruxellois dépensent, toujours en moyenne, au moins 40 % de leurs revenus dans le logement. C’est beaucoup et, inquiet, le Parlement (PS-DéFI-cdH-Open VLD-sp.a-CD&V) a approuvé une proposition d’ordonnance visant à “encadrer” les loyers.

En résumé, elle prévoit une meilleure information sur les prix justes afin que les locataires sachent si leur mensualité est abusive ou non. Par “loyer abusif”, le Code bruxellois du logement entend tout loyer qui dépasse de 20 % le montant référent fixé par cette grille des loyers (www.loyers.brussels; www.loyerswallonie.be). D’après les derniers ­chiffres (2015), 10 % du marché locatif privé rentrerait dans cette case. Ce serait pire aujourd’hui. De leur côté, les bailleurs devront afficher les prix en ­connaissance de cause et sauront lorsqu’ils sont trop gourmands. En cas d’excès par exemple, les bailleurs ne pourront plus bénéficier de la totalité des aides à la rénovation. Cela pourrait engendrer des effets pervers, comme la négligence des rénovations et de l’entretien des biens immobiliers. En outre, le propriétaire sera tenu de mentionner dans le bail le fameux loyer de référence.

En cas d’écart significatif entre le loyer effectif et celui de référence, dès janvier prochain, le locataire pourra tenter une action au sein de la nouvelle “commission paritaire locative”. Celle-ci ­donnera des arguments aux locataires abusés, mais l’avis ne sera pas contraignant pour le bailleur. Faute d’accord, un détour par la justice s’imposera.

Il ne faut pas non plus diaboliser les bailleurs. La pression sur les loyers s’explique par au moins deux facteurs. D’abord, il existe également une pression sur les prix de l’immobilier de façon générale qui se répercute forcément sur les loyers. Ensuite, il manquerait tout simplement de biens sur le marché et le constat actuel est la résultante de la ­traditionnelle loi de l’offre et de la demande. Réhabiliter les 20.000 logements vides dans la capitale, dont, selon le Syndicat des locataires, 5.000 pourraient être loués directement, pourrait résoudre une partie de l’équation.

 

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