Euro 2020 : la victoire du racisme en Angleterre

Après la défaite de l'Angleterre face à l'Italie, Marcus Rashford, Jadon Sancho et Bukayo Saka, les trois auteurs des tirs au but ratés, ont été la cible d'insultes racistes. Un phénomène qui est loin d'être isolé.

Marcus Rashford dépité après sa tentative ratée. - AFP

Ils y ont cru jusqu’au bout, mais le rêve anglais s’est brisé dimanche soir. Après avoir ouvert le score dès la deuxième minute contre l’Italie en finale de l’Euro, les Three Lions se sont finalement inclinés lors de la cruelle séance des tirs au but. Trois joueurs anglais n’ont pas réussi à inscrire leur penalty face à l’infranchissable portier italien Donnarumma, scellant la défaite de l’Angleterre : Marcus Rashford, Jadon Sancho et Bukayo Saka. Ils ne sont ni les premiers, ni les derniers, mais ces trois footballeurs sont noirs. Ce qui leur a valu d’être comparés à des singes, de recevoir des emojis banane ou encore d’être visés par des menaces sur les réseaux sociaux.

Deux d’entre eux, Rashford et Sancho, sévèrement déclassés durant cette compétition, étaient entrés sur le terrain seulement quelques dizaines de secondes avant la fin des prolongations, spécialement pour les tirs au but. Saka, 19 ans, était, lui, chargé de planter le cinquième et décisif penalty. « Un pari », selon le sélectionneur anglais Gareth Southgate, fortement critiqué pour ses choix tactiques douteux. Ce dernier a assumé son choix, en déclarant : « nous gagnons ou nous perdons ensemble, en équipe. » Un message que bon nombre de supporters n’ont visiblement pas entendu puisqu’ils ont préféré faire peser la responsabilité de cette défaite sur les épaules du trio malheureux, et cracher au passage tout leur racisme.

Gareth Southgate tente de consoler Saka

Gareth Southgate tente de consoler Bukayo Saka après la défaite de son équipe. – Reuters

Ce déferlement de haine est tel que Boris Johnson a réagi. « Cette équipe d’Angleterre mérite d’être traitée en héros, et non (victime) d’insultes racistes sur les réseaux sociaux. Les responsables de ces abus effroyables devraient avoir honte d’eux-mêmes », a partagé le Premier ministre britannique sur Twitter. La Fédération anglaise de football s’est dite « dégoûtée » par ces « agressions discriminatoires en ligne » tandis que les clubs de Manchester United et d’Arsenal ont soutenu leurs jeunes joueurs.

La police de Londres a de son côté annoncé qu’elle était en train d’enquêter sur ces publications « insultantes et racistes » en ligne.

Phénomène récurrent

Cette vague de racisme n’a rien d’exceptionnel dans le football outre-manche, ni même ailleurs. Face à l’ampleur du phénomène, les clubs anglais avaient même décrété un « black-out » total des réseaux sociaux, du vendredi 30 avril jusqu’au lundi 3 mai dernier, pour dénoncer les insultes racistes dont sont victimes leurs joueurs sur ces plateformes, de la part de leurs propres supporters. « Les comportements racistes sont inacceptables, et les abus consternants dont font l’objet les joueurs sur les réseaux sociaux ne peuvent continuer », avait déclaré à l’époque le PDG de la Premier League, Richard Masters. « Il est urgent que ces entreprises fassent davantage pour éliminer la haine raciale en ligne. »

Durant toute la compétition, avant chaque rencontre, les joueurs anglais ont posé un genou à terre, en signe de protestation contre les discriminations. Un geste qui leur a valu d’être hués par une partie de leurs supporteurs, pendant que d’autres le jugeaient inutile. La preuve…

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