Euro 2020: « Tout sauf l’Angleterre ! », pourquoi tant de haine?

La finale de l'Euro 2020 verra s'affronter l'Angleterre et l'Italie. Aux quatre coins de l'Europe, les fans de foot (et les autres) ont fait leur choix. Il y a plusieurs (mauvaises) raisons à cela.

Belga

C’est un rôle généralement dévolu à la France – voire, dans une moindre mesure, à l’Allemagne. Celui d’une nation favorite d’une compétition et que tout le monde veut voir perdre ! Cette année, particularité, c’est l’Angleterre qui tient ce rôle. Pour la première fois depuis la Coupe du monde 1966 (ça ne nous rajeunit pas), les Anglais vont jouer une finale d’une grande compétition de foot. Pire, la plupart des observateurs les donnent gagnants ! L’Angleterre championne d’Europe ? Ce serait une première que beaucoup ne veulent même pas imaginer !

Sur internet, les memes et autres messages pullulent : « Tout sauf l’Angleterre ! ». En voici quelques raisons, certaines sont purement footballistiques (et de très mauvaise foi, comme il se doit), d’autres tendent vers la xénophobie pure et  simple, car ainsi va le football !

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1. Les Anglais ont été avantagés en jouant à domicile durant (quasi) tout le tournoi

C’est un des points de cet Euro des villes. Dix nations jouaient les matchs de poule à domicile. Ce fut bien évidemment le cas des Anglais. Qui en prime, vont jouer la finale, tout comme la demi-finale, chez eux, à Wembley. Devant leur public et quasi exclusivement leur public (covid oblige, les supporters italiens seront des résidents britanniques). Ce qui, personne ne le niera, est un avantage plus que certain (moins de trajets, de va-et-vient, plus de repos pour le corps). Bref, l’Euro des villes cher à Michel Platini s’est apparenté, pour l’Angleterre, à un Euro à domicile, avec une petite escapade touristique en quarts de finale à… Rome. Un signe ?

2. L’Angleterre fait toujours la morale « fair-play »… Sauf quand ça les arrange !

D’un point de vue politique, dans le jeu des nations, l’Angleterre se perçoit comme le garant d’une certaine morale, un phare qu’il serait bon de suivre pour le bien de l’humanité (cela depuis la Seconde guerre mondiale et la résistance héroïque de Churchill face aux Nazis). Et elle est toujours prompte à critiquer ceux qui ne suivraient pas le bon chemin. En football, c’est pareil. Les Anglais se sont toujours vus comme les garants du fair-play, ils sont les premiers à critiquer les Italiens qui gagnent du temps ou se jettent dans le rectangle pour obtenir un pénalty frauduleux. Or, que s’est-il passé en demi-finale contre le Danemark ? Cela, très exactement. Quelqu’un a-t-il bronché ? Dit que ce pénalty était injuste ? Ou a même avoué, a posteriori, que tout cela était quand même très litigieux ? Pensez-vous ! La victoire, et rien d’autre !

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3. L’Angleterre a une belle équipe… Mais qu’a-t-elle vraiment démontré ?

C’est un fait, l’Angleterre jouit d’une génération dorée avec des joueurs de très grande qualité et un groupe soudé. Rien de plus normal, dès lors, de les voir se hisser jusqu’en finale de l’Euro, trois ans après avoir atteint les demi-finales du Mondial russe. Et pourtant, qu’a vraiment démontré cette équipe sur le terrain ? Pas grand-chose, à vrai dire. Le pays s’enflamme depuis trois ans, assurant que, cette fois, c’est sûr, « Football is coming home ». Ces chants ont débuté après une grande victoire en Coupe du monde face au… Panama. L’équipe a ensuite bénéficié de la partie la plus facile du tableau et s’est retrouvée en demi en éliminant la Colombie aux pénaltys et la Suède. Cette année, c’est vrai, elle s’est débarrassée de l’Allemagne pour la première fois depuis des lunes (une Allemagne bien à la peine dès la phase de poules) avant de jouer l’Ukraine et le Danemark (avec les difficultés que l’on sait). Les Diables, eux, ont dû se farcir le Portugal et l’Italie avant, s’ils étaient passés, de faire face à l’Espagne. Bref, un parcours assez facile en jouant à domicile et en étant avantagé par l’arbitre… Cela vaut-il un trophée ?

On en arrive à l’aspect « politique » de ce rejet de l’Angleterre. Car il ne faut pas se voiler la face, le foot, c’est un peu le combat des nations sur un terrain de sport plutôt qu’à la guerre. Lors de chaque tournoi, les vieux nationalismes sont de sortie (il est présent sur les maillots des joueurs et dans les tribunes). Si bien que tous les stéréotypes vont bon train quand il s’agit de soutenir ou de répudier une équipe. Les Français en savent quelque chose…

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4. Les supporters anglais restent les supporters anglais

Lors du  pénalty litigieux de la victoire face au Danemark, le gardien Kasper Schmeichel a été perturbé par un laser pointé sur son visage venu des tribunes (cela ne l’a pas empêché de détourner le pénalty, remarquez…). Les supporters anglais sont prêts  à tout pour voir leur équipe gagner. Et ce n’est pas toujours beau à voir. Vous savez ce que c’est… Alcool, nationalisme, hystérie footballistique et les choses peuvent facilement partir en vrille. Des supporters danois ont ainsi été pris à partie à coups de « Vous n’avez rien à faire ici ! », certains ont même été agressés à coups de crachats et de jets de  bière dans le stade… Bref, le football et ses aléas, c’est pas toujours beau à voir. Encore moins en Angleterre…

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5. Les médias anglais restent les médias anglais

Si les médias sportifs français sont les champions du monde pour crier victoire avant même le début d’un match, que dire des tabloïds anglais ?! En cas de victoire anglaise, on risque même de le ressentir de façon bien pire que la victoire française en 1998 ! En tout cas, les Ecossais veulent éviter cela à tout prix !

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6. « Football is coming home »… Comme si la victoire leur était due

C’est l’hymne des supporters anglais depuis trois ans, un vieux titre du groupe pop oublié Lightning Seeds écrit pour l’Euro 1996 : « Football is coming home » (« Le football revient à la maison »). Sous-entendu, l’Angleterre a inventé ce sport et il est tout à fait logique qu’il revienne en Angleterre sous la forme d’un trophée. A la manière de la vieille noblesse, comme si cela leur était dû ! Interrogé à ce sujet avant la demi-finale, Kasper Schmeichel, le gardien du Danemark, a répond ce qu’il y avait à répondre à ce sujet : « Le football a-t-il jamais été à la maison ? »

7. L’Euro pour célébrer le Brexit ?

Les Anglais ont décidé de quitter l’Union européenne. C’était il y a cinq ans, mais cette décision n’est devenue effective que cette année. L’Angleterre devenant championne d’Europe en 2021, à Wembley, devant ses supporters et uniquement ses suppporters (seuls les étrangers résidant en Angleterre seront autorisés au stade)… Cela ressemblerait par trop à une célébration du Brexit. Et une (nouvelle) humiliation infligée par l’Angleterre à l’Europe. Et ça, c’est hors de question !

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