Ces produits qui marchent (ou pas) pour éviter d’être piqué durant l’été

Face à la vague de moustiques qui s’annonce, on fait le point sur les produits qui sont efficaces ou non contre ces insectes ainsi que sur leur nocivité potentielle pour les humains.

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Impossible d’y échapper: dès que les températures remontent, les moustiques reviennent. Le printemps pourri et ce début d’été très moyen vont retarder leur arrivée mais leur retour est une fatalité. Un entomologiste l’assure à la RTBF et La Libre: dès que les températures repartiront à la hausse, ce qui est prévu aux alentours du 16 juillet 2021, «ils débarqueront en masse». Car l’humidité ajoutée à une température d’environ 25 degrés ou plus, le moustique adore ça. Il faut donc s’attendre à ce que chacun y aille de sa petite astuce pour venir à bout de cet insecte gênant (pas de notre magazine, évidemment). Mais est-ce que toutes les solutions se valent? Et est-ce qu’il sain pour nous d’utiliser des répulsifs ou autres insecticides? Pour le savoir, nous allons analyser chaque produit un par un.

Quand le moustique cherche sa victime

Pour lutter contre les moustiques, il faut avant tout comprendre comment ils choisissent leurs proies. Une étude parue en 2015 dans la revue Current Biology répond précisément à cette question. En mettant ces insectes dans des souffleries et en testant différents scénarios, ils ont pu reconstruire leur stratégie pour arriver à leur cible. Au tout début, ils sentent une source de CO2 et ce à grande distance (plus de 10 mètres). Les odeurs corporelles peuvent aussi servir d’indicateur. Entre 5 et 10 mètres, le moustique utilise ensuite sa vue pour savoir d’où vient précisément ce dégagement de gaz carbonique, afin d’être sûr qu’il s’agit bien d’un être vivant. Enfin, dès qu’il a sa cible en ligne de mire et qu’il est à moins de 20 cm, il détecte les endroits du corps qui sont les plus chaudes, et donc les plus irriguées. Et si le moustique est proche, inutile de retenir sa respiration pour éviter de dégager du CO2. S’il détecte les 37°C du corps humain, il ne se détournera pas de sa cible pour autant.

Une fois que tout cela est fait, la femelle peut se nourrir du sang de sa victime pour en prélever les protéines qui lui permettront de pondre «jusqu’à 250 œufs en deux jours» selon l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé). Les mâles, plus petits et dotés d’antennes plumeuses, nous laissent tranquilles. Après son festin, la femelle ira placer ses œufs dans un petit plan d’eau, même minuscule.

Et cela n’aura échappé à personne: certaines personnes sont plus ciblées que d’autres par ces moustiques. Il a été démontré que certains publics étaient clairement plus visés. C’est par exemple le cas des femmes enceintes et des personnes consommatrices d’alcool, dont l’odeur attire particulièrement ces insectes. Pareil si on fait du sport et que l’on sue beaucoup. Une étude publiée dans la revue PLOS One montre également que la génétique joue un rôle. Pour le prouver, des scientifiques américains et britanniques ont comparé les piqûres subies par des vrais et faux jumeaux. Résultat: les vrais jumeaux étaient attaqués de manière équivalente, contrairement aux faux (qui ont 50% de leur ADN différent).

Les répulsifs et les insecticides inévitables

Si on est une cible privilégiée des moustiques, il faut donc recourir aux solutions qui existent aujourd’hui sur le marché. Elles sont nombreuses mais pas toujours intéressantes. Et puisque les moustiques sont parfois vecteurs de maladies comme le paludisme ou le chikungunya, les scientifiques se sont penchés sur le sujet. Concernant les répulsifs, ils sont formels. Seuls ceux contenant une des quatre substances suivantes marchent: le DEET (ou N,N-Diéthyl-3-méthylbenzamide), l’icaridine, l’IR3535 (ou butylacétylaminopropanoate d’éthyle) et citriodiol. «Ces molécules repoussent le moustique en l’irritant ou en perturbant leur système sensoriel, ce qui ne lui permet plus de repérer ses proies», explique à Corse Matin Grégory L’Ambert, entomologiste à l’EID Méditerranée, en précisant que cette protection n’excède pas quatre heures, quoi qu’en dise le packaging.

Une équipe de France 5 a pu le vérifier à l’Institut de recherche de Montpellier en vaporisant un bras avec ces différents produits. À l’inverse, la même expérience ne marchait pas si on plaçait sur le bras des huiles essentielles. Les bracelets anti-moustiques ne marchent tellement pas que ces insectes peuvent se poser dessus! Quant aux ultrasons, ils n’ont aucun effet et à ce jour, aucune fréquence sonore connue n’éloigne ces indésirables.

D’autres solutions marchent tout aussi peu. C’est le cas de la citronnelle, pourtant très populaire. Une de ses molécules agit pourtant bel et bien sur le système nerveux des moustiques mais l’effet ne dure que quelques minutes et cela ne suffit pas pour empêcher une piqûre. La vitamine B1, parfois prescrite, n’a également aucun effet, comme le confirme au Huffington Post le docteur Paul Henri Consigny de l’Institut Pasteur. Pareil pour les dispositifs à LED ou à ultraviolets. Il faut à ce propos noter que les moustiques ne sont attirés que par certaines ampoules qui émettent de la chaleur, pas par la lumière en tant que telle.

Pour trouver une astuce qui marche, l’association UFC-Que Choisir donne plusieurs autres pistes. Il y a l’efficacité «redoutable» des sprays de la famille des pyréthrinoïdes (des insecticides finissant souvent par un nom en -thrine, comme transfluthrine et tétraméthrine). Les diffuseurs électriques sont efficaces mais pas toujours. S’ils n’utilisent pas de pyréthrinoïdes, il vaut mieux les oublier. Les bougies doivent aussi diffuser un répulsif ou un insecticide pour marcher, et non tel ou tel parfum de citronnelle ou autre. Enfin, il y a la spirale à brûler, toujours à base de pyréthrinoïdes.

Un impact potentiel sur la santé

Autrement dit, difficile de faire l’impasse sur un répulsif ou un insecticide pour tenir les moustiques éloignés. Mais est-ce que tout cela est bien sain pour nous? Tout dépend de leur utilisation selon le Haut Conseil de la Santé publique, interrogé par France 5. Interdiction formelle par exemple de s’asperger de répulsif directement sur le corps ou, pire, sur le visage. Cela permettrait de l’inhaler, ce qui est toxique. Il faut plutôt le mettre d’abord sur les mains puis l’étaler sur le reste du corps. Et si on veut mettre aussi de la crème solaire, il est préférable d’attendre 20 minutes après son utilisation pour mettre du répulsif. Enfin, il ne faut pas non plus abuser de ce produit car même mis sur la peau, il peut passer dans le sang et ainsi nuire à certains organes. C’est d’ailleurs pour cela que leur application est déconseillée pour les femmes enceintes et les bébés.

Quant aux insecticides, ils ne sont pas anodins, même si les cas d’intoxications sévères sont rares. La spirale à brûler diffuse des particules fines et des gaz irritants, alors que les diffuseurs électriques et les lampes rejettent des conservateurs, des parfums et des solvants qui forment ensemble un cocktail chimique très peu recommandable. Mettre ce genre de produit toute la nuit dans la chambre n’est donc pas forcément une bonne idée, même s’il s’agit justement de la période où les moustiques passent plus souvent à l’attaque. Il vaut mieux les utiliser en extérieur.

Pourrait-on dire la même chose du larvicide BIT, largement utilisé dans des zones lacustres comme sur le pourtour méditerranéen en France? A priori, il n’y a aucun risque établi pour les humains. Ce produit est justement fait pour viser spécifiquement les larves de moustiques. Le problème, c’est qu’il tue aussi les chironomes, des insectes semblables mais non-piqueurs qui constituent un maillon essentiel de la chaîne alimentaire des milieux aquatiques. Leur disparition a ainsi un impact sur les libellules, les araignées, les oiseaux… Malgré cela, le BIT reste quand même une meilleure solution que les insecticides utilisés auparavant.

Rappelons enfin que de toute façon, les scientifiques ont remarqué que les moustiques devenaient de plus en plus résistants contre les insecticides au fil des générations. En France, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) note d’ailleurs dans son cahier de la recherche de décembre 2020 que les moustiques deviennent parfois même résistants aux fameux pyréthrinoïdes.

Les bons vieux conseils

Les solutions entièrement respectueuses de la santé et de l’environnement sont donc très limitées. Les autorités sanitaires redirigent par exemple vers l’utilisation logique des moustiquaires, avec une attention particulière à ce que la maille soit assez fine. Les vêtements amples et longs sont utiles, surtout s’ils sont de couleur claire car cela permet d’accumuler moins de chaleur. Et puis, il y a une solution toute simple: le ventilateur. Comme le fait savoir le New York Times, ce petit appareil permet de créer des courants d’air qui non seulement perturbent les moustiques pendant leur envol mais dispersent aussi le CO². De ce fait, il devient d’autant plus difficile pour ces insectes de détecter et d’atteindre leurs cibles.

Une bonne astuce, c’est aussi tout simplement de combattre le mal à la source, c’est-à-dire en vidant les eaux stagnantes où les moustiques naissent. La moindre flaque, sur une bâche par exemple, peut servir de nid. La liste des endroits propices à leur éclosion est longue: seaux, arrosoirs, vases (pour lesquels il vaut mieux utiliser du sable humide), coupelles, gouttières voire même les déchets verts. Une fois l’eau vidée, on est de plus utile de nettoyer le récipient en question car des œufs peuvent parfois y rester accrochés. On peut aussi limiter les lieux de repos des moustiques en débroussaillant les hautes herbes et les haies, en élaguant les arbres et en ramassant les débris végétaux ainsi que les fruits tombés par terre.

Pour les piqûres, Grégory L’Ambert conseille les vertus désinfectantes du savon de Marseille afin de calmer les démangeaisons. Pour les moustiques tigres, il faut rapidement traiter la plaie car sa salive, déposée lors de son festin, met 15 minutes pour se diffuser dans le sang, avec potentiellement le chikungunya dans ses bagages. L’Union moustique tigre conseille au quotidien L’Union d’utiliser ici de l’alcool à 70 % ou de la bétadine.

Enfin, puisqu’on n’arrête jamais l’innovation, il existe aujourd’hui des pièges à moustiques qui utilisent du CO2 et de l’acide lactique pour imiter l’odeur humaine. Mais ce dispositif n’est réellement efficace que s’il est utilisé au sein d’un (large) réseau, ce qui coûte cher. L’UFC-Que choisir est donc très sceptique face aux exemplaires individuels vendus en magasin.

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