JO: le huit clos va-t-il être un frein à la performance pour les sportifs ?

Il y a ceux qui, fatalistes, sont avant tout concentrés sur leur défi olympique, et d'autres qui ne cachent pas leur déception: la perspective de participer à Tokyo à des Jeux olympiques sans spectateurs attriste les sportifs mais ne les perturbe pas outre mesure.

Les tribunes seront vides aux Jeux Olympiques de Tokyo. - AFP

À deux semaines de la cérémonie d’ouverture des JO de Tokyo (23 juillet-8 août), les autorités japonaises ont décidé jeudi qu’il n’y aurait pas de public dans la très grande majorité des stades et sites de compétition, en raison de la recrudescence du coronavirus. Des JO à huis clos, c’est une première dans l’histoire olympique, après une série de mesures sans précédent, comme le renoncement des spectateurs venant de l’étranger en mars et déjà, l’an dernier, le report de l’événement sportif le plus important de la planète.

« Le plus important, c’est que les JO aient lieu. Quand on pense aux Jeux, on pense public, ambiance, supporters. C’était ce que je voulais quand j’étais petit. Là ce sera certainement un peu étrange comme atmosphère. Mais les Jeux auront lieu, et je suis content d’en être« , résume le coureur cycliste Guillaume Martin qui dispute actuellement le Tour de France.

« On nous enlève une part réjouissante du sport, mais il ne faut pas oublier pourquoi on fait du sport« , renchérit Kevin Mayer, vice-champion olympique 2016 de décathlon.

Pas d’énergie à perdre

« Si je fais ce sport aujourd’hui et surtout les Jeux olympiques, c’est parce que c’est ma passion. On me laisse l’opportunité de m’exprimer alors que ce n’est pas donné à tout le monde, dans la plus grande compétition qui existe« , poursuit le détenteur du record du monde de décathlon.

Kevin Mayer

Stars attendues des épreuves de natation, l’Américaine Katie Ledecky et son compatriote Caeleb Dressel n’ont pas beaucoup d’états d’âme et sont surtout satisfaits de pouvoir enfin s’exprimer.

« Je pense que même s’il n’y aura pas de spectateurs cet été, le monde va s’unir. Sportifs, entraîneurs et organisateurs vont se rassembler dans une ville pour atteindre leurs objectifs après cinq années de travail« , insiste Ledecky. « Pour moi, (ces JO) sont toujours quelque chose de merveilleux« , souligne la quintuple championne olympique qui s’alignera en individuel sur 200 m, 400 m, 800 m et 1500 m à Tokyo.

Dressel, lui, est encore moins affecté: « Le but de chacun est de nager vite (…) Je sais qu’il y a des choses qui se passent, mais je ne veux pas perdre de l’énergie avec ça, je veux nager vite« , balaye le double champion du monde en titre du 100 m nage libre.

Forfait de Kyrgios

L’annonce des autorités nippones ne change finalement pas grand chose pour les sportifs non japonais qui savaient depuis mars que leurs familles et proches ne pourraient pas venir les encourager au Japon.

Pas d’impact non plus à attendre de l’absence d’encouragements et d’ambiance pendant les épreuves.

« Nos sportifs se sont préparés en ayant à l’esprit qu’il n’y aurait pas de spectateurs, c’était même une partie spécifique de leur préparation« , explique Kylie Wilson, psychologue au sein du comité olympique néo-zélandais. « On a vu des sportifs battre des records personnels sans spectateurs et apprendre à ne pas s’appuyer sur le public pour être performants« , rappelle-t-elle.

Le huis clos de Tokyo a toutefois eu raison de la motivation d’un sportif de renom: Nick Kyrgios, enfant terrible du tennis australien et habitué à faire le show avec le public, a décidé de renoncer aux JO. « L’idée de jouer dans un court vide ne me convient pas. Ca n’a jamais été le cas« , a expliqué le 60e mondial, en quête de motivation depuis le début de la pandémie.

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