En Chine, le podcast flitre avec la censure

De plus en plus populaires, les podcasts chinois jonglent avec les limites de la censure, avec des thèmes éloignés de l'univers aseptisé des médias inféodés au régime communiste.

Des animateurs du podcast chinois Buheshiyi (

De l’homosexualité à la limitation des naissances, les podcasts sont gagnent en popularité en Chine, face à des médias officiels qui évitent les sujets sensibles. La baladodiffusion a fleuri l’an dernier, avec 7.000 nouveaux flux et un public évalué à 10 millions d’auditeurs – une paille pour le pays le plus peuplé du monde.

Mais pour l’étudiant Cheng Yifan, à l’écoute tous les soirs, ils sont comme une bouffée d’air frais. « Les podcasts obéissent moins aux règles sociales que les médias traditionnels (…) à qui il manque un élément de critique« , explique-t-il.

Le jeune homme de 19 ans fait partie d’un groupe d’une centaine d’auditeurs venus rencontrer leurs animateurs préférés dans une librairie de Pékin. « Nos auditeurs sont ouverts d’esprit. J’espère qu’il s’ouvriront encore davantage à différentes idées« , observe l’un d’entre eux, Meng Chang, du podcast Buheshiyi (« The Weirdo » en anglais). « Tout n’est pas blanc ou noir. On doit aussi pouvoir discuter de ce qui est dans le gris. »

podcast en chine

Parmi les émissions en vogue: des discussions sur la baisse de la natalité, ou bien des invités pas forcément populaires dans la presse officielle, comme l’ambassadrice du Royaume-Uni à Pékin. Les auditeurs sont le plus souvent jeunes, citadins et diplômés.

Wang Qing, autre animatrice du Weirdo, explique que son équipe se concentre sur les sujets qui intéressent les jeunes, comme les journées de travail à rallonge dans les entreprises de la tech.

Les auditeurs recherchent des contenus approfondis, selon Kou Aizhe, fondateur de StoryFM, un podcast qui rassemble des témoignages narrés à la première personne. Une lesbienne y parle de son mariage avec un homosexuel, une enseignante évoque une agression sexuelle dans son village, une femme raconte comment elle a été forcée à se prostituer. Des thèmes éloignés de l’univers aseptisé des médias inféodés au régime communiste.

« Quand des gens parlent de leur vécu, l’émotion est réelle. On est emporté dans leur monde et on comprend leur vie et leurs choix« , observe Kou Aizhe. Même si les thèmes retenus ne sont pas directement politiques, il touchent à des thèmes qu’évitent les films ou les séries télévisées, comme l’homosexualité ou le féminisme. « On a commencé à parler de sujets LGBT pendant une période où il y avait pas mal de stigmatisation« , explique Wang Qing, du Weirdo. « Sur notre podcast, on a donc tenté de créer un autre type de discours. Au moins, notre plateforme est un espace qui permet de clarifier certaines choses et de répondre à d’autres. »

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Vivre avec la censure

Les diffuseurs doivent jouer de prudence pour éviter le couperet de la censure. L’an dernier, un épisode du podcast SurplusValue a disparu des applis après une interview consacrée à l’épidémie de coronavirus, qui comportait des critiques envers le pouvoir. La plateforme a fini par disparaître, puis ses ex-animateurs en ont créé une nouvelle, baptisée Stochastic Volatility.

« La censure plane sur tous ceux qui travaillent dans les médias en Chine« , relève l’une d’entre elles, Fu Shiye. « Tout ce que nous pouvons faire, c’est de nous exprimer jusqu’à la limite de sécurité. »

Chez StoryFM, Kou Aizhe assure que seulement deux de ses émissions ont été coupées. Mais d’autres ont moins de chance et doivent se résoudre à tailler dans leur programmation s’ils veulent rester sur les plateformes. « Quand un média devient populaire, la censure est inévitable« , observe Yang Yi, de JustPod. « C’est une façon de reconnaître votre influence. »

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