Échec en psychologie : une faculté qui doit se réinventer

Avec un taux de réussite de moins de 1% en première année à la faculté de psychologie à l'UCLouvain, le souci ne peut venir uniquement des étudiants.

Des étudiants dans un auditoire de l'UCLouvain. - BELGA

Carnage en psychologie à l’UCLouvain. Seuls cinq étudiants sur les 645 inscrits en BAC1 ont réussi à valider leurs 60 crédits, leur permettant ainsi d’accéder à l’année supérieure sans seconde session. Avec 45 crédits et une moyenne générale de 50%, les étudiants réussissent aussi leur année, mais traînent des crédits résiduels en BAC2.

Ce taux d’échec catastrophique a été vivement dénoncé par les principaux concernés. Dans une lettre publiée sur Facebook, une étudiante de troisième année partage sa déception. « Je suis dégoûtée de ce système. Dégoûtée de certains profs qui nous apprennent un métier d’aide, d’écoute et d’empathie mais qui représentent tout l’inverse », confie la jeune femme en échec. « S’adapter à un système malade n’est pas sain, le tolérer n’est pas normal. Continuer à maintenir quelque chose simplement parce qu’il est installé depuis plusieurs années, ce n’est pas normal. »

Des méthodes douteuses pour faire le tri

La crise sanitaire et l’enseignement à distance ont, certes, compliqué l’année académique, mais le taux de réussite est faible depuis plusieurs années. Plutôt que le contexte exceptionnel de la pandémie, les étudiants dénoncent donc un problème structurel. Certaines méthodes d’évaluation sont également pointées du doigt, comme celle où « la prof ne corrige pas nos questions ouvertes si on n’a pas la moitié au QCM ». Les points se joueraient aux détails, « au mot près », ce qui ne reflète en rien le bon apprentissage et compréhension de la matière. Sans parler des seuils de réussite imposés à 14/20 dans certains cours, allant à l’encontre du décret paysage.

Interrogée par nos confrères de l’Avenir, Vivian Chojnacka, la présidente du bureau des étudiants (BDE) de la faculté de psychologie, estime que les moyens humains sont largement insuffisants pour gérer le nombre important d’élèves en première année. En huit ans à peine, d’après la RTBF, le nombre d’étudiants inscrits dans les quatre facultés de Psychologie du sud du pays a augmenté de 70%, avec 5.000 inscriptions supplémentaires. De quoi ouvrir deux autres facultés. Selon Vivian Chojnacka, cet afflux d’étudiants aurait amené les professeurs à user de moyens d’évaluation rapides et informatisés et par conséquent, aurait diminué l’encadrement.

Vers un examen d’entrée ?

Les doyens de ces facultés de psychologie dénoncent, eux aussi, une situation « intenable ». Dans une lettre adressée à la ministre de l’Enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles Valérie Glatigny, ils estiment même que la qualité de l’enseignement s’en trouve menacée. Outre une meilleure orientation des élèves, ils demandent dès lors des moyens financiers supplémentaires. À défaut, « il faudra envisager une évaluation en début d’année qui permette de se réorienter si on constate qu’on n’a pas certaines compétences nécessaires ou une vision erronée de la formation, voire une sélection à l’entrée en dernier recours », explique Olivier Klein, vice-doyen de la faculté de psychologie à l’ULB.

Une solution vivement critiquée par la Fédération des Étudiants francophones puisque cela risque de renforcer un système déjà fortement inégalitaire. « En fonction de votre statut socio-économique, vous aurez plus ou moins de chance de réussir », a rappelé sur la Première la présidente sortante de la fédération Chems Mabrouk. « On voit aussi un définancement de l’enseignement supérieur qui mène à questionner le principe de l’accessibilité pour tous. »

Ce problème étant loin d’être propre à la faculté de psychologie, Valérie Glatigny a promis 50 millions d’euros par an dès 2024. « Ce ne sera clairement pas suffisant », estime Chems Mabrouk, privilégiant non pas ce principe d’enveloppe fermée mais plutôt un refinancement d’aide à la réussite.

Plus d'actualité