Peut-on rouvrir les boites de nuit en toute sécurité ?

Une soirée-test a eu lieu à Bruxelles ce samedi. Trop tard selon Yves Coppieters, pour qui les clubs pourraient rouvrir dès à présent avec un protocole adapté. Par contre, aux Pays-Bas, une soirée dansante a contaminé plus de 150 personnes et en France, 3 boites sur 4 ne rouvriront pas vendredi.

Une soirée-test fin mai aux Pays-Bas. (Abacapress)

On a l’impression qu’il s’agit vraiment du dernier secteur à l’arrêt. Il y en a probablement quelques autres, mais c’est celui dont les acteurs se font le plus entendre : le monde de la nuit.

Plusieurs organisateurs de soirées et patrons de discothèques s’étaient réunis pour établir un plan, des mesures sanitaires qui permettraient de rouvrir les clubs, des règles équilibrées qui permettraient de préserver l’âme de ces lieux (pas de masque, pas de distanciation), tout en assurant un risque sanitaire minimal. Un protocole présenté début juin et imaginé pour l’automne.

Mais quelques semaines plus tard, alors que ce collectif attendait toujours une réponse du gouvernement, la France et les Pays-Bas ont annoncé des échéances pour le monde de la nuit. Chez nos voisins du sud, les discothèques rouvrent ce vendredi. Une situation rageante pour les boites de nuit belges.

Mais ce n’est pas pour autant que rien ne bouge de notre côté. Ce week-end, un événement-test axé « clubbing » était organisé à Bruxelles afin d’en estimer les conséquences sanitaires. 

Dansons à nouveau

Derrière ce projet, la fédération d’acteurs de la nuit Brussels By Night, les asbl d’événementiel Brussels Expo et Brussels Major Event, la Ville bien entendu mais également le CHU Saint-Pierre et l’ULB.

Cette soirée « Dance Again » a eu lieu samedi soir à 22h30, à La Madeleine. A l’affiche, des DJs, DJ Vega et Black Mamba, mais aussi le groupe de rap L’Or du Commun, avec comme invité surprise Roméo Elvis !

300 tickets ont été mis en vente lundi dernier et mardi après-midi, c’était déjà sold out. 50 autres personnes étaient aussi présentes : techniciens, organisateurs, artistes et quelques invités. 250 personnes sur les 350 sont allées se faire tester samedi après-midi au Heysel. Les participants ont subi deux prélèvements : un salivaire, pour une analyse rapide mais moins sensible que les tests PCR, et un autre dans la narine. 

Les résultats du premier test ont été transmis par SMS avant la soirée. Les personnes négatives recevaient un QR Code qui donne accès à la salle, les autres étaient privés de sortie. Parmi ceux-ci, Swing, du groupe L’Or du Commun, qui n’a pas pu être présent sur scène. Les résultats des tests PCR seront eux connus plus tard.

« L’objectif est de pouvoir vraiment faire la fête comme au bon vieux temps, de pouvoir danser, rencontrer des personnes et s’amuser sans masque et sans distance et sans rester dans sa propre bulle », a expliqué l’échevine bruxelloise de la Culture, Delphine Houba. « L’objectif est aussi de pouvoir redonner des perspectives au monde de la nuit, qui est fermé depuis un an et demi ». Les participants seront testés une troisième fois afin de vérifier si les mesures sanitaires en vigueur ont été efficaces.

« Précaution extrême »

Pour Yves Coppieters, cet événement-test arrive trop tard. « On aurait dû le faire dès la fin de la troisième vague. Il faut d’abord documenter les choses et mettre ensuite en place une reprise progressive. Et fondamentalement, je ne suis pas sûr qu’un événement test de 300 personnes par rapport à tout ce qui a déjà repris ait beaucoup de sens aujourd’hui, surtout de manière aussi stricte », a argumenté l’épidémiologiste dans la DH.

Selon lui, on pourrait déjà rouvrir les clubs, avec des protocoles adaptés. « Les contrôles à l’entrée avec l’idée du corona pass me semblent pertinents pour les événements avec des foules », a déclaré le professeur en santé publique de l’ULB. « La culture reprend doucement, les vacances et les voyages sont repartis, on ne peut pas continuer d’appliquer le principe de précaution poussé à l’extrême pour ce secteur, ça n’a pas de sens car l’épidémie est aujourd’hui sous contrôle. Il faut apprendre à vivre avec ce virus, on ne peut pas pénaliser le monde de la nuit à cause d’expectatives. »

Contamination aux Pays-Bas

Mais ce lundi, de mauvaises nouvelles sont arrivées du nord. En effet, au « Aspen Valley », un « bar dansant » d’Enschede, dans l’est des Pays-Bas, 165 fêtards sur les 600 présents samedi soir, ont contracté le Covid… Le GGD, le service municipal de santé de la Twente, la région dans laquelle se trouve Enschede, est toujours en train de contacter les personnes présentes et leurs contacts rapprochés. Il invite également toutes les personnes présentes samedi soir à aller se faire tester et rester en quarantaine jusqu’aux résultats. Mais on ne sait pas encore si l’un ou l’autre de ces 165 cas positifs est tombé malade.

Et en France, où les discothèques peuvent rouvrir leurs portes dans moins d’une semaine, tout n’est pas rose pour autant. D’après Ivan Poupardin, président de l’Association française des exploitants de discothèques et dancings (Afedd), 3 clubs sur 4 pourraient ne pas rouvrir. « Ce n’est pas une question de volonté, ce protocole est inapplicable chez nous », a-t-il déclaré.
Le protocole ? Limiter la jauge à 75% de la capacité pour juillet et 85% en août, mais aussi demander un certificat de vaccination ou un test PCR négatif de moins de 72 heures aux fêtards, ce que l’Afedd trouve trop contraignant. « On vient ici spontanément, sur un coup de tête », poursuit Ivan Poupardin. « Les discothèques vont se transformer en postes avancés sanitaires. »

Selon les syndicats français, entre celles dont les problèmes financiers sont devenus insurmontables et celles qui ont déjà fermé, un quart des 1600 discothèques du pays pourraient bien ne jamais rouvrir.
 

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