Comment Poutine a volé le champagne à la France

La Russie ne veut plus du champagne français, désormais rétrogradé en « vin pétillant ».

Ne dites plus champagne, mais vin pétillant en Russie. - AFP

La « guerre du champagne » est déclarée entre la France et la Russie. Le président russe Vladimir Poutine a signé une nouvelle loi, vendredi 2 juillet, pour priver les fameuses bulles françaises de leur appellation. Selon ce texte, seuls les producteurs russes auront désormais le droit d’afficher le terme « champagne » sur leurs bouteilles. Celles exportées devront signifier, quant à elles, « vins pétillants ». Faute de quoi, elles pourraient être considérées comme de la contrefaçon.

Un coup dur pour les producteurs français qui mènent depuis de nombreuses années un combat pour protéger cette appellation menacée dans le monde entier. Appellation d’origine contrôlée, reconnue dans plus de 120 pays, le champagne doit en effet provenir d’un périmètre bien précis dans la région du même nom pour pouvoir revendiquer cette dénomination.

La réaction des principaux concernés

Craignant pour son patrimoine historique, son image et ses intérêts économiques, la filière a rapidement décidé d’agir. En réponse à cette loi, la filiale russe de Moët Hennessy, du groupe français de luxe LVMH, qui produit notamment les célèbres Moët et Chandon, Veuve Cliquot ou encore Dom Pérignon, a prévenu ses partenaires locaux qu’elle suspendait ses livraisons vers le pays, avant de se plier finalement aux requêtes russes. « Les Maisons de Champagne de Moët Hennessy ont toujours respecté la législation en vigueur partout où elles opèrent et reprendront les livraisons au plus vite le temps d’effectuer ces ajustements », a indiqué le leader sur le marché russe dans un communiqué.

bouteilles de champagne russe

Des bouteilles de « champagne » russe. – AFP

Du côté du Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC), on juge cette « décision scandaleuse ». « Cette réglementation n’assure pas aux consommateurs russes une information claire et transparente sur l’origine et les caractéristiques des vins. Cela remet en cause plus de vingt ans de discussions bilatérales entre l’Union européenne et la Russie sur la protection des appellations d’origine », regrette le Comité qui demande aux entreprises champenoises de cesser toute expédition vers la Russie, jusqu’à nouvel ordre.

Avec 35 millions d’euros de produits exportés en 2020, la Russie reste un marché significatif pour le champagne, même si elle est loin de dépasser la soif des Américains avec plus d’un demi-milliard d’euros.

Symbole d’un conflit géopolitique

Avec cette loi controversée, les autorités russes souhaitent certainement mettre en valeur le savoir-faire des producteurs locaux. Et notamment ceux de Crimée, comme l’indique Le Monde, précisant que la marque phare de la péninsule ukrainienne annexée en 2014 par la Russie, le vin criméen Novy Svet, appartient à Iouri Kovaltchouk, un ami de Vladimir Poutine.

Interrogé par 20 Minutes, le directeur général de l’Union des Maisons de Champagne, David Chatillon, estime lui aussi que la loi « n’a pas forcément été adoptée pour embêter les producteurs français » ou LVMH en particulier. L’homme y voit davantage le symbole « d’un conflit géopolitique beaucoup plus large ». La Russie utilise en effet régulièrement de célèbres produits de consommation étrangers comme leviers de négociation, à l’image de sanctions prises à l’égard du parmesan italien, du gouda néerlandais ou, encore récemment, des tomates azerbaïdjanaises.

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