Appel d’Edgar Morin à prendre « conscience » des menaces sur notre existence

Le sociologue français met en garde contre «une tendance à la fermeture des cultures» au lieu d’avoir «une conscience de communauté du destin humain» pour faire face à des défis toujours plus nombreux.

Le philosophe Edgar Morin à une conférence pour les 100 ans de l'Unesco, à Paris, le 2 juillet 2021 @BelgaImage

Le philosophe et sociologue Edgar Morin a appelé vendredi l’humanité à prendre « conscience » ensemble des dangers qui menacent son existence: armement nucléaire, crise écologique et pandémie de Covid-19. « Ce n’est pas une prophétie, c’est une mise en garde« , a affirmé cet intellectuel auquel l’Unesco rendait hommage à Paris, à six jours de son 100e anniversaire.

Toujours plus de menaces

S’exprimant sans notes ni hésitations pendant plus de 45 minutes, Edgar Morin est d’abord revenu sur le « cheminement » de sa pensée depuis ses études sous la Seconde Guerre mondiale, avant de détailler « un des caractères qui me frappe beaucoup de la période que nous vivons« . Il y voit une accumulation de menaces, depuis l’invention de la bombe atomique en 1945, la crise de la destruction des écosystèmes décrite pour la première fois de manière systématique en 1972, l’ambition du « transhumanisme« , d’un « homme augmenté« , depuis les années 1980 et la pandémie mondiale de Covid-19 depuis 2020.

Selon le philosophe français, « au lieu que se crée une conscience de communauté du destin humain face au péril nucléaire, au péril économique, face même à cette domination, à cette invasion du profit sur toute la planète, il y a au contraire une rétraction des cultures sur elles-mêmes, une tendance à la fermeture« . « Les interdépendances techniques, économiques, n’ont créé aucune solidarité, ce qu’a prouvé l’épisode du virus dès le début, où chaque nation s’est renfermée sur elle-même, et parfois à juste titre, découvrant qu’elle n’avait pas les moyens pharmaceutiques, les moyens sanitaires« , a-t-il déploré.

Cette pandémie est une « crise gigantesque qui n’est pas terminée, et qui sans cesse crée de nouvelles incertitudes« , a constaté Edgar Morin. Il s’est dit très préoccupé par l’emprise croissante des sciences et technologies sur la vie humaine: « Les scientifiques sont aveugles sur eux-mêmes (…) sur l’aventure de la science, qui échappe à tout contrôle rationnel actuellement, depuis notamment les déchaînements de l’énergie atomique, jusqu’aux déchaînements de la génétique« .

Il a aussi dénoncé l’émergence dans des pays non démocratiques, dont la Chine, d’une « société de surveillance, de soumission, qu’on peut considérer comme le néo-totalitarisme« . « Tous ces phénomènes régressifs vont-ils continuer? L’avenir, je vais conclure là-dessus, reste énigmatique, parce que vous avez en même temps le processus de catastrophe écologique –-l’arrêtera-t-on à temps, ou du moins réussira-t-on à le modérer? -–, le processus nucléaire (…), le processus du transhumanisme (…) qui fait de cet homme augmenté une société inquiétante parce qu’elle-même, en organisant tout, en régulant tout, détruit toute liberté« , a-t-il expliqué. D’après le philosophe, « la prise de conscience essentielle n’est pas de rêver d’une autre société. Il s’agit de savoir que nous sommes dans l’aventure humaine« .

Plus d'actualité