3 questions sur le « dôme de chaleur » qui fait suffoquer l’Amérique du Nord

49,5°C à l’ombre : le nord-ouest du Canada et des Etats-Unis fait face à des températures records. Un nouveau signe du changement climatique.

©BELGAIMAGE-178195827/ Vancouver (Canada), le 29 juin 2021

41,7°C à Seattle, 44,4°C à Portland… le nord-ouest du continent américain suffoque. À Lytton, petit village canadien au nord de Vancouver, le thermomètre a chauffé jusqu’à 49,5°C- un record pour le pays. Plusieurs quartiers de Pemberton, une petite ville du sud de la Colombie-Britannique, ont été évacués par crainte d’inondations causées par la fonte des glaciers environnants. Sous l’effet de la chaleur, des routes se sont soulevées. Les habitants des villes se sont réfugiés dans les parcs et sur les plages, ainsi que dans les piscines en plein air. De nuit, les gens dorment sur leur balcon. Plusieurs municipalités ont ouvert des « centres de refroidissement ».

Les autorités canadiennes ont annoncé qu’au moins 134 personnes étaient mortes subitement, à Burnaby et Surrey. « Nous pensons que la chaleur a contribué à la majorité des décès », a précisé la police. La plupart des victimes sont des personnes âgées.

Le « dôme de chaleur », c’est quoi ?

Bien que des vagues de chaleur soient habituelles dans la région, celle qui frappe actuellement l’Amérique du Nord se distingue par sa précocité, sa puissance et son étendue géographique.

Cette « super » canicule est causée par le phénomène dit du « dôme de chaleur », qui résulte de ce que les météorologues nomment une « situation de blocage » : la masse d’air, circulant habituellement sur le continent depuis l’océan, est emprisonnée sous l’effet de hautes pressions. Comprimé vers le sol par des vents d’altitude, l’air se met alors à chauffer.

Le phénomène est-il lié au changement climatique ?

« Les vagues de chaleur sont de plus en plus fréquentes et intenses car les concentrations de gaz à effet de serre entraînent une hausse des températures mondiales. Elles commencent plus tôt et se terminent plus tard et prélèvent un coût croissant sur la santé humaine et les systèmes de santé », a averti l’organisation météorologique mondiale (OMM). Pour Christophe Cassou, climatologue et directeur de recherche au CNRS (France), le réchauffement climatique n’est pas à proprement parler la cause principale du phénomène. « Ces circulations d’air sont classiques. Leurs conséquences sont en revanche amplifiées par le réchauffement climatique », a expliqué ce spécialiste aux Échos.

Mais pour l’ancien vice-président du Guec le groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat et professeur à l’UCLouvain, Jean-Pascal Van Ypersele, la question elle-même est dépassée : « Quel est le phénomène météorologique qui n’est pas lié au réchauffement du climat ? Voilà la question qu’il faut se poser aujourd’hui car le réchauffement climatique est là, bien établi, a souligné le climatologue à la RTBF. Il se transforme en chaleur, en vents violents ou pluies intenses. Désormais, il faut inverser notre interrogation et prouver que ce n’est pas lié au réchauffement du climat. Ce qui se produit est cohérent avec un climat déréglé en raison des émissions gaz à effet de serre ».

Vers un phénomène analogue en Belgique ?

« Chaque fraction de degré gagnée augmente le risque associé à des évènements extrême » expliquait Christophe Cassou dans Les Échos. En clair : non seulement le réchauffement climatique rend des phénomènes comme le dôme de chaleur plus intenses, mais il augmente aussi les chances de les voir se réaliser. Si le réchauffement finissait par atteindre trois degrés supplémentaires par rapport à l’ère préindustrielle, un dôme de chaleur d’une telle intensité, jusqu’alors exceptionnel, pourrait ainsi devenir normal.

Si les températures étouffantes de juillet 2019 en Belgique (41,8°C en Flandre) n’étaient pas imputables à un « dôme de chaleur », nos voisins français ont déjà dû affronter le phénomène, lors de la canicule de 2003. La probabilité qu’un tel phénomène survienne dans les prochaines décennies en Europe occidentale augmente sans cesse ; elle a déjà été multipliée « par deux entre 2015 et 2021 » avançait le Christophe Cassou. « Ce que l’on voit maintenant, ce sont les prémices de la situation que nos enfants et petits-enfants vont vivre dans les prochaines décennies », résumait Jean-Pascal Van Ypersele.

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