Belgique – France, une rivalité qui dure : depuis trop longtemps ?

Les scènes de liesse anti-Français étaient nombreuses suite à l’élimination des Bleus. Ne serait-il pas temps de mettre fin à cette guéguerre ?

Et si on mettait fin au bras de fer ? (Belga)

Les rivalités sportives entre voisins sont monnaie courante depuis des années. On en retrouve entre clubs de la même ville, entre villes ou entre pays dans quasi tous les sports. Parfois elles sont bon enfant, parfois moins… On connait par exemple la réputation des supporters de foot anglais.

Mais s’il y en a bien une qui a pris ces derniers temps une proportion folle, c’est celle qui oppose les équipes nationales de Belgique et de France.

Ce lundi soir, on avait l’impression que tous les Belges souhaitaient que la France perde. Les Belges francophones en tout cas. En Flandre, le résultat de France – Suisse ne semblait pas si important que ça. Mais à Bruxelles et en Wallonie, il y avait ceux qui avaient envie de voir l’outsider gagner, ceux qui pensaient juste à la suite du parcours des Diables et enfin, beaucoup de spectateurs qui avaient juste envie que la France perde.

C’est assez fou quand on y réfléchit. Notre équipe a engrangé plus de points que les Bleus en phase de groupes, puis a battu le Portugal, ce que les Français n’ont pas réussi à faire. Même s’ils sont champions du monde en titre et ont de sacrés joueurs dans leur effectif, leur bilan de ce début de compétition n’est ni à la hauteur de leur réputation, ni menaçant pour les Diables rouges. 

Pourtant les réseaux sociaux étaient remplis de messages anti-Français, rêvant d’une victoire écrasante de la Suisse, moquant les Bleus à la moindre occasion. D’où vient un tel rejet de l’Equipe de France ?

Un vieil antagonisme

Comme on le disait plus haut, les rivalités entre voisins existent depuis toujours. On a toujours envie de faire mieux que ceux d’à côté. Mais avant l’Internet 2.0, il n’existait pas énormément de traces de tout cela. Lorsque deux voisins s’affrontaient, l’envie de gagner était simplement un peu plus grande que face à d’autres pays. Mais aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, tout le monde y va de son petit commentaire, un montage photo par ici, une petite caricature par là… La concurrence est bien visible.

Quand on aborde le sujet chez nous, beaucoup de Belges ont une excuse : c’est parce que les Français sont chauvins et que ça leur ferait du bien de perdre. Un cliché daté, un stéréotype vieux comme le monde et ridicule. 

Ensuite, c’est facile de trouver les autres chauvins quand notre équipe n’est pas très bonne. C’est sûr qu’en 1998 et en 2000 la France a beaucoup célébré ses victoires au Mondial et à l’Euro. Et qui ne l’aurait pas fait ? Remporter ces deux compétitions internationales majeures coup sur coup face à des équipes comme le Brésil et l’Italie, c’est un joli palmarès. De plus, les Bleus de l’époque les ont bien méritées. Pendant ce temps-là, les Diables n’ont pas passé la phase de groupe ni en 98 ni en 2000. La France chauvine ou la France qui fête des victoires à une période où on est plutôt mauvais ?

Bertrand Henne, sur la RTBF, apporte une piste d’explication pertinente. Si la Belgique francophone a autant de mal avec l’Equipe de France, c’est peut-être tout simplement parce que nous sommes très dépendants des médias français, à la télé comme sur Internet. Médias qui couvrent évidemment en long et large les périples des Bleus. 
« C’est pour cela, sans doute, que notre chauvinisme est un chauvinisme de réaction. Le Belge francophone est d’abord chauvin avec le Français car il est obnubilé par les médias français, comme un lapin pris dans les phares d’une voiture », explique le journaliste dans sa chronique. 

Espoir et rêves brisés

Mais cela fait maintenant quelques années que les Diables sont meilleurs que jamais. La Belgique aussi a désormais des stars qui évoluent dans les meilleurs équipes des championnats européens. Des joueurs qui donnent de l’espoir à tout le monde, qui font dire aux Belges que remporter un grand tournoi n’est plus un rêve inaccessible. Une équipe qui rend donc un peu chauvin aussi. Surtout que selon le discutable classement de la FIFA, nous serions la meilleure équipe du monde.

Mais un événement a évidemment accentué cette guéguerre franco-belge. La demi-finale de la Coupe du Monde 2018.

Cela faisait quelques années que l’espoir renaissait chez les supporters belges. 
Après deux non qualifications au Mondial 2010 et l’Euro 2012, nous voilà à la Coupe du Monde 2014, avec déjà une bonne partie de nos joueurs d’aujourd’hui, encore très jeunes. Les Diables Rouges finissent premiers de leur groupe avec 3 victoires, ce n’était pas arrivé depuis 1990, puis sont éliminés en quart de finale par l’Argentine. 

2016, nos joueurs brillent en club, la Belgique a envie d’y croire. Eden et les Diables vont jusqu’en quart de finale mais le Pays de Galles est cette fois plus fort que nous. 

Alors évidemment, la Coupe du Monde 2018 devait être la bonne. L’équipe belge est au top et atteint la demi-finale après des victoires historiques contre le Japon et le Brésil. La Belgique n’était pas allé si loin en compétition depuis 1986. Une victoire contre la France, l’historique rival voisin, sur le chemin de la finale : le scénario était trop beau pour être vrai. Les Bleus, futurs champions, n’ont pas fait un très beau match mais il a été efficace. Après avoir marqué une fois, ils ont plus défendu qu’attaqué. Et nous voilà éliminés. Nous avons fini troisième, notre meilleur résultat à ce jour. Mais cette défaite est restée en travers de la gorge de tout le monde.

Une déception et une rancœur alimentées par les médias, soufflant sur les braises allumées par les railleries et plaisanteries sur les réseaux sociaux. La Belgique est écœurée, « elle a le seum ». Même les joueurs y vont de leurs petit commentaire. « On a perdu contre une équipe qui joue à rien, qui défend », pour Thibaut Courtois. Eden Hazard, lui, « préfère perdre avec la Belgique que gagner avec la France ».

Depuis, cette rivalité, plus ou moins saine, s’est transformée en véritable haine des Bleus pour beaucoup de supporters. Désormais, la France, qui nous a empêchée d’aller en finale avec son jeu défensif, doit perdre à tout prix. Aucun commentaire négatif sur les Diables n’est toléré. Et le France-Suisse d’hier a cristallisé cette haine. Un peu partout en Belgique, l’élimination française était célébrée comme une victoire belge. Les voitures ont klaxonné, les drapeaux bleu blanc rouge ont brulé, les scènes de liesse étaient nombreuses.

Changer les choses

Ne devrions-nous pas être au-dessus de tout ça ? N’aurait-il pas été plus joli de réaffronter la France en demi-finale, scénario probable pour la suite de la compétition ? La « vengeance » aurait été plus belle que de voir les Champions du Monde éliminés par la Suisse en huitième. 

Ensuite, si les supporters n’aiment pas « cette France chauvine », faut-il avoir un plus gros cou qu’eux ? 

Enfin, était-ce un si mauvais football qui nous a éliminé en 2018 si c’est avec le même genre de jeu que nous avons pu battre le Champion d’Europe en titre ce dimanche ?

Ce mardi, beaucoup de voix s’élèvent pour mettre fin à cette rivalité devenue disproportionnée. 

« On doit tous faire des efforts pour redevenir bienveillants », a notamment écrit Swann Borsellino, journaliste français et consultant pour la RTBF lors des compétitions internationales. « Je n’ai pas vocation à être ambassadeur de France à Bruxelles et surtout j’ai conscience des nombreux abus venus de mon côté du Quiévrain mais il y a un moment où il faut que ça redevienne bon enfant. Parce qu’on ne va pas se leurrer : les effusions de joie et autres manifestations anti-français ce soir vont pousser cette rivalité malsaine et bâtie de toute pièce à coups d’idioties à perdurer. Alors que j’aimerais que les Diables, Eden et sa génération en tête, gagnent l’Euro. »

« Les gagnants célèbrent la victoire. Les loosers klaxonnent une défaite », commente l’humoriste Freddy Tougaux.

Et si en plus de tenter de gagner le championnat d’Europe, on essayait aussi de remporter la médaille du fair-play ?

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