Mort de George Floyd : Derek Chauvin condamné à 22 ans de prison

Derek Chauvin, reconnu coupable du meurtre de l’Afro-Américain George Floyd, a écopé de 22 ans et demi de prison ferme. Une condamnation qualifiée d’« historique », mais qui ne résoudra rien tant que les institutions et la mentalité de la police américaine n’auront pas évolué.

©belgaimage-178034783/ Des manifestants après l'annonce du verdict final, le 25 juin 2021 à Minneapolis

Deux mois après avoir été reconnu coupable du meurtre de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, le policier Derek Chauvin a été condamné vendredi à vingt-deux ans et demi de prison. Le barème des peines dans le Minnesota prévoit un minimum de douze ans et demi de prison pour meurtre. Le juge Cahill, qui a prononcé la sentence, a retenu plusieurs facteurs aggravants.En étouffant George Floyd avec son genou, le 25 mai 2020, Derek Chauvin « a abusé de sa position de confiance et d’autorité » et a agi « avec une grande cruauté », a-t-il souligné.

« Cette condamnation historique fait franchir à la famille Floyd et à notre nation un pas de plus vers la réconciliation en leur permettant de tourner la page et en désignant des responsables », a salué sur Twitter l’avocat de la famille de George Floyd, Ben Crump. Le président américain Joe Biden a, lui, qualifié cette peine de « juste ». Présent à l’audience, Terrence Floyd, le frère cadet de George Floyd, s’est adressé à l’ex-policier. « Pourquoi ? Pourquoi avoir fait cela, a-t-il demandé à Derek Chauvin. Qu’aviez-vous en tête quand vous vous êtes agenouillé sur le cou de mon frère, alors que vous saviez qu’il ne représentait aucune menace ? »

Ne répondant pas, Derek Chauvin s’est borné à présenter ses « condoléances à la famille Floyd », ajoutant : « A cause de questions légales en suspens, je ne suis pas en mesure de faire une déclaration formelle à ce stade. (…) Il y aura à l’avenir de nouvelles informations, que j’espère intéressantes et qui vous apporterons de la tranquillité d’esprit ». L’avocat du policier a déjà fait part de son intention de demander l’annulation du verdict, notamment en raison de doutes sur l’impartialité de certains jurés.

Déjà 424 tués par la police américaine

Ce « rare moment où la police doit affronter les conséquences des meurtres qu’elle a commis ne représente pas la justice », a réagi l’organisation américaine de défense des droits civiques ACLU. « La justice ne se résume pas à une seule phrase ou à un seul verdict », a-t-elle jugé. Devant le tribunal de Minneapolis, Billy Brownlee, 55 ans, a renchéri, résumant pour l’AFP un sentiment probablement partagé par beaucoup d’Afro-Américains : « La condamnation de Derek Chauvin ne signifie rien, parce que ma plus grande inquiétude est toujours d’être arrêté par la police quand je prendrai ma voiture pour rentrer chez moi ».

Arrêté, et potentiellement, tué. Comme le rappelait Charlotte Recoquillon, chercheuse associée à l’Institut français de géopolitique, à la fin mai, on comptait déjà 424 personnes tuées par la police américaine, depuis le début de l’année. Dont « 28% de personnes noires- alors que la population noire aux Etats-Unis ne pèse que 13% ». « Plus de mille personnes par an sont tuées par la police », cadrait la chercheuse. Durant la campagne électorale, Joe Biden avait promis de s’atteler à une réforme de la police américaine. Jusqu’ici, aucun calendrier n’a été avancé pour un projet de loi. Après des semaines de négociations, des sénateurs républicains et démocrates ont annoncé avoir conclu « un accord de principe sur un projet de réforme de la police », qui viserait notamment à mieux réglementer les techniques policières d’immobilisation, comme les étranglements. « Il reste du travail sur le texte de loi final », ont toutefois précisé les sénateurs.

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