Grève de la faim : la régularisation des sans papiers dans une impasse

Déjà un mois que des centaines de sans-papiers ont entamé une grève de la faim à Bruxelles pour réclamer leur régularisation. Leur état de santé devient critique, alors que le gouvernement n'est pas prêt de céder.

À l'intérieur de l'église du Béguinage. - BELGA

On estime leur nombre à 150.000 dans notre pays. 150.000 personnes qui vivent parfois depuis des années en Belgique. Ils et elles travaillent au noir dans le bâtiment, l’agriculture, le travail domestique ou encore l’horeca, sans aucune protection ni sociale, ni physique, dans la crainte quotidienne d’être arrêtés ou expulsés. Depuis le 23 mai, plusieurs centaines d’entre eux – 475 à l’heure actuelle – ont cessé de s’alimenter dans l’espoir d’obtenir une régularisation collective. Mais après un mois de grève, leur santé physique et mentale se détériore dangereusement, alerte Médecins du Monde, en charge du suivi médical.

« Nous sommes au moment charnière où le corps passe de la consommation de graisses à des protéines. Concrètement, cela signifie que les organes peuvent subir des dommages irréparables à partir de ce moment », explique le Dr. Rita Vanobberghen, l’une des médecins bénévoles sur place. Dans les trois lieux d’occupation, à l’ULB, à la VUB et à l’église du Béguinage, les interventions des secours et hospitalisations se multiplient. « Sincèrement, on est arrivé au seuil indicatif qui peut déclencher l’alerte rouge », s’inquiète auprès de BX1, Ahmed, porte-parole de l’Union des Sans-Papiers pour la Régularisation, lui-même gréviste de la faim depuis l’Église du Béguinage.

La situation sanitaire est d’autant plus préoccupante que les effectifs présents sur place sont insuffisants, malgré les 70 médecins bénévoles, infirmiers, kinés et psychologues. « Après un an de confinement et une charge énorme sur le système de santé, tout le corps médical est épuisé et c’est très difficile de trouver des médecins qui peuvent se (re)mobiliser », indique Médecins du Monde. Résultat : une pénurie de bénévoles, qui contraint l’ONG à faire appel à un certain nombre de personnes sans formation médicale pour surveiller l’état de santé des grévistes.

grève de la faim

Compte tenu de « l’urgence médicale », les médecins volontaires exhortent les responsables politiques à trouver une solution « quelle qu’elle soit, dans les plus brefs délais. Aujourd’hui, nous ne sommes plus en mesure de prévenir des conséquences médicales graves et potentiellement irréversibles ».  

Blocage politique

Leur demande semble toutefois se heurter à un mur. L’Etat se tait. Son secrétaire à l’Asile et à la Migration Sammy Mahdi, lui, maintient une ligne ferme. « Cette situation me préoccupe, je me fais du souci pour la santé de ces personnes et je déplore leur décision de faire cette grève de la faim. Je répète mon appel à y mettre fin. À brève échéance, c’est la seule solution », a-t-il déclaré vendredi dernier à la Chambre. Pas question pour lui de négocier avec les grévistes. « La régularisation, c’est une mesure qui est exceptionnelle », insiste-t-il. Invité de la matinale sur Bel RTL, le secrétaire d’Etat a néanmoins annoncé la création d’une « zone neutre où des grévistes pourraient se rendre et avoir une idée de quel est l’état actuel de leur dossier, pour les informer le mieux possible ».

Insuffisant, selon les sans-papiers qui multiplient les actions pour tenter de mobiliser l’opinion publique. Déterminés à mener cette grève jusqu’au bout, malgré les risques que cela comporte pour leur santé, ils demandent également la mise en place de critères clairs, et non arbitraires, pour déterminer qui a le droit à une régularisation. Selon Andrea Rea, professeur spécialisé dans l’immigration et porte-parole du comité de soutien ULB-VUB, « on se trouve dans une situation de relatif blocage ».

Face à une telle impasse, une centaine d’organisations francophones et néerlandophones tentaient un énième coup de pression : « le gouvernement va-t-il enfin prendre les mesures, justes, nécessaires, et simplement vitales que nous demandons depuis tellement d’années ? Ou va-t-il continuer à signifier par son mépris que certaines vies valent moins que d’autres ? »

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