Comment le Tour de France veut verdir son image

Il n'y a pas que les sprinteurs qui veulent le maillot vert. Bousculés par la réticence de certaines villes à accueillir une compétition jugée polluante, l'organisateur ASO et les entreprises de la caravane affichent leurs efforts pour réduire l'impact du Tour sur l'environnement.  

Le Tour de France avait été jugé

Si le Slovène Tadej Pogacar, vainqueur du Tour 2020, et consorts traversent la France à la force des jambes, ce n’est pas le cas de toute l’armada des équipes, organisateurs et sponsors qui les accompagnent. Au point que Rennes, un temps envisagé, a finalement renoncé à accueillir le Grand Départ, prévu ce samedi, les élus écologistes de la majorité s’inquiétant notamment de l’impact sur l’environnement.  

C’est finalement Brest qui lance l’édition 2021 avec le soutien… des élus écologistes. « On ne regrette pas du tout« , assure à l’AFP Glen Dissaux, vice-président EELV de la métropole brestoise. Il salue « une écoute intéressante » d’ASO, notamment des efforts sur le recyclage dans le Village Départ ainsi que la publication d’un bilan carbone « d’une précision inédite » de la première étape.    

Pour remporter le maillot vert, le Tour de France doit d’abord s’occuper de la quantité de déchets qu’il rejette à chaque coup de pédale. « La gestion des déchets sur le parcours revient aux collectivités où l’on passe, mais nous les accompagnons évidemment« , rappelle Karine Bozzachi, responsable RSE du Tour de France.

tour de france

Neuf coordinateurs sont employés et un partenariat a été noué avec l’association Les Connexions, spécialiste du tri des déchets dans l’évènementiel. Des poubelles et autres matériels sont également fournis. « On travaille main dans la main avec les départements« , assure Mme Bozzachi, citant notamment un dispositif spécial cette année sur le fragile Mont Ventoux, impliquant par exemple la section France Nature environnement (FNE) du Vaucluse. Une telle mobilisation « n’est pas nécessaire à chaque étape« , avance-t-elle.  

Peut mieux faire

Les associations qui veulent aider traitent le plus souvent avec les départements. « On avait participé les deux dernières années. Ça s’était bien passé, sauf en 2019 quand un hélicoptère de l’organisation s’est posé en plein milieu d’un site naturel« , se souvient Thierry Decurningue, vice-président de la FNE de Haute-Savoie. 

Cette année, l’association n’a pas été contactée: la course passe bien par le département, mais sans traverser une zone naturelle. « On le regrette, on aurait aimé renouveler l’expérience et on a de quoi mobiliser les gens. »  

« Quand on regarde les cols après le Tour de Suisse, c’est toujours nickel, on n’en est pas encore à ce niveau » en France, estime M. Decurningue. Même son de cloche au niveau de certaines associations nationales: « On travaille avec Paris-2024 ou les Championnats du monde de Courchevel-2023 (de ski alpin), mais on n’a jamais travaillé avec ASO, et ce n’est pas faute de le vouloir« , dit Nicolas Imbert, directeur exécutif de Green Cross France et territoires.

Recyclage et goodies 

Autre col hors catégorie à franchir vers la sobriété, la caravane du Tour de France qui accompagne le peloton dans ses déplacements. En 2020, la participation de l’entreprise de café Senseo à la caravane a représenté l’équivalent de 165 tonnes de CO2, soit l’empreinte carbone annuelle de 15 Français en 2018 selon le Commissariat général au développement durable. L’entreprise les a compensées intégralement par la plantation d’arbres. 

Atelier de réparation de vélo pour la Française des Jeux, distribution de sacs issus de bouteilles d’eau recyclées chez Vittel, emballage alimentaire 100% papier chez Leclerc, fourniture de voitures hybrides par Skoda, actions de sensibilisation… chaque entreprise de la caravane avance ses mesures pour réduire son impact.  

« On est dans l’incitation. Nos partenaires se sont engagés pour plusieurs années, il faut aussi leur laisser du temps pour s’adapter« , explique Karine Bozzachi. Ce qui n’empêche pas dans le même temps la distribution de centaines de milliers de goodies et autres gadgets, à l’utilité parfois relative (portes-clés…). « Il reste encore la réflexion sur le modèle économique d’un tel évènement, équilibrer les enjeux publicitaires et de sobriété« , admet l’élu écologiste Glen Dissaux.

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