Une tornade en Belgique : comment est-ce possible ?

Celle qui a frappé notre pays dimanche a surpris tout le monde. Mais lorsque les nuages orageux sont particulièrement grands et les vents très violents, une tornade peut se former, même dans nos régions.

Très dur réveil à Beauraing ce dimanche. (Belga)

Dans les esprits de beaucoup, les tornades et autres phénomènes climatiques rares et violents sont associés aux Etats-Unis, à l’Asie du Sud-Est ou encore aux îles. On n’imagine que rarement, voire jamais, l’Europe ou la Belgique frappées par de telles catastrophes.

Et pourtant, ce week-end, les communes de Beauraing et Rochefort, et d’autres villages un peu plus loin, ont été ravagées par une tornade. Une vraie de de vraie, pas « une mini-tornade » car cela n’existe pas, comme s’est empressée de corriger la RTBF. Bilan du week-end : une petite centaine d’habitations endommagées et 17 blessés légers. Côté dégâts matériels, dans les meilleurs cas, une partie du toit s’est envolée mais dans les pires, il faudra raser la maison… Les images de ces villages au lendemain de cette nuit terrible font froid dans le dos.

Mais comment est-ce qu’un tel phénomène météorologique peut se produire chez nous ?

Un orage classique

Parce qu’il dépend des orages, qui eux-mêmes dépendent de l’air chaud. Avec le réchauffement climatique, les conditions qui doivent être réunies pour la formation des nuages orageux sont plus fréquentes qu’auparavant.

Pour qu’un cumulonimbus se forme, le « nuage de l’orage », il faut que de l’air chaud, au sol, s’élève dans l’atmosphère. En montant, il refroidit, son humidité se condense et forme un nuage. Ce sont les nuages blancs qu’on peut voir dans le ciel bleu les jours de beau temps.

Sous certaines conditions météorologiques, l’air chaud n’est pas assez refroidi par l’air froid et sec de l’altitude et continue de monter, créant ainsi un plus gros nuage, presque comme une colonne. 

Cela devient inquiétant s’il continue de monter jusqu’au sommet de notre couche de l’atmosphère. Du sol jusqu’à quelques kilomètres dans les airs, c’est la troposphère, où plus on monte, plus il fait froid. Une fois arrivé dans la stratosphère juste après, ça change : plus on monte, plus il fait chaud.

Si notre colonne nuageuse atteint la limite entre ces deux couches de l’atmosphère, la tropopause de son petit nom, ça sent l’orage. En effet, le nuage ne sait plus monter, s’étend donc sous cette limite et prend une forme d’enclume. C’est le cumulonimbus, le nuage des orages. 

Lorsque le courant d’air chaud ascendant n’est plus assez fort pour « porter toute cette eau », chargée dans le nuage, celle-ci tombe, formant un courant d’air froid descendant. Donc, il pleut, il tonne et parfois, il grêle. 

Une fois notre cumulonimbus mature, les chutes de pluie vont croitre et prendre le pas sur le courant ascendant, qui sera stoppé. Du coup, le nuage va doucement se dissiper puisque c’était cet air chaud qui l’alimentait. Ca, c’est un orage monocellulaire « classique », il dure environ 30 minutes ou une heure. Mais ceux qui provoquent les tornades sont les orages supercellulaires.

(Belga)

Beauraing (Belga)

S’il continue de croître

La différence entre un orage monocellulaire « classique » et les supercellulaires, c’est que les courants d’air chaud et froid sont distincts. Lorsque la pluie tombe et que l’air froid descend, il ne parvient pas à obstruer le courant ascendant. L’air chaud continue donc « d’alimenter le nuage » qui devient gigantesque.

On arrive à ce genre de phénomènes quand les vents diffèrent en vitesse et en direction à différentes altitudes. On appelle ça des vents cisaillant. Ils vont lentement provoquer une rotation du nuage, et dès lors, dissocier complètement les courants d’air chaud ascendant et d’air froid descendant.

Dans ce scénario, la croissance du nuage n’est pas stoppée et le « sommet de l’enclume » peut atteindre 40, 50 voire 60 kilomètres de large et l’orage, durer plusieurs heures. Au centre de ces nuages orageux « en rotation », l’air chaud s’élève à une vitesse de plus de 100 km/h. 

Lorsque les vents sont très puissants et que la pluie refroidit le centre du nuage, « le mésocyclone », celui-ci met à descendre vers le sol, créant ainsi les tornades.

L’orage supercellulaire de ce week-end a été filmé au-dessus de Reims en France. Sa tornade a dévasté beaucoup de village en remontant vers le Nord, avec des rafales au-dessus des 130km/h, jusqu’à atteindre Beauraing et quelques villages de la commune de Rochefort.

Bien que ce genre de phénomène est plus courant ailleurs que chez nous, l’Europe de l’Ouest n’est pas pour autant épargnée, surtout avec les températures de ces derniers mois. 
 

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