Le glyphosate bientôt réautorisé en Europe ?

Un rapport émis par quatre agences sanitaires incite l'Europe à renouveler l'autorisation de cet herbicide, « probablement cancérigène » selon l'OMS. Au grand dam des ONG.

Un agriculteur français vaporise du désherbant à base de glyphosate. - AFP

Interdire le glyphosate en Europe ? Ce n’est peut-être pas pour tout de suite. Actuellement, l’herbicide le plus utilisé – et le plus controversé – dans le monde est autorisé dans l’Union européenne jusqu’en décembre 2022. Mais un rapport rédigé par quatre agences sanitaires va dans le sens d’un renouvellement de son autorisation.

Ses 11.000 pages peuvent être résumées en quelques lignes : les quatre Etats rapporteurs – France, Hongrie, Suède et Pays-Bas – chargés de la réévaluation du glyphosate n’identifient aucune propriété toxicologique justifiant son exclusion du marché européen. Selon une première version de leur expertise, le produit, pourtant décrié par les organisations de défense de la santé et de l’environnement, ne serait pas cancérogène, mutagène ou reprotoxique (toxique pour les fonctions reproductives et la progéniture). Il ne remplirait pas non plus les critères requis pour être considéré comme perturbateur endocrinien. En revanche, le groupe d’évaluation pour le glyphosate (AGG) propose de maintenir sa classification comme « provoquant des lésions oculaires graves ».

Quant aux effets sur l’environnement, l’AGG estime que « plusieurs points doivent encore être clarifiés ».

Des avis divergents

Cet épais rapport relance une controverse mise en pause depuis plus de trois ans. En 2017, au terme de deux ans de débats entre les Etats membres, le glyphosate avait été de nouveau autorisé sur le sol européen pour cinq ans. Au cœur des discussions : la classification de l’herbicide comme « cancérigène probable » en mars 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer. Pour cela, l’agence de l’Organisation mondiale de la santé, principale autorité de classification des agents cancérogènes dans le monde, s’est basée uniquement sur des données publiées dans la littérature scientifique, ou publiquement accessibles.

Depuis, de nombreux procès ont éclaté aux Etats-Unis, intentés par des personnes touchées par un lymphome non hodgkinien après des années d’utilisation de pesticides à base de glyphosate, dont le Roundup, produit phare de Monsanto. La justice américaine a d’ailleurs confirmé en mai dernier la condamnation de la firme, rachetée par l’Allemand Bayer, à payer 25 millions de dollars de dommages et intérêts à l’un des malades.

roundup

À l’inverse, les deux agences réglementaires du Vieux continent – l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) estiment « improbable » que le glyphosate soit cancérigène pour l’homme. Elles fondent essentiellement leur expertise sur une matière première scientifique décriée par les ONG : les études industrielles menées par les firmes elles-mêmes, et dont les données demeurent confidentielles.

Ces autorités réglementaires doivent désormais examiner à leur tour le rapport, remis par les quatre agences sanitaires, pour exprimer leurs opinions. Elles pourront réclamer des données supplémentaires aux entreprises qui demandent l’autorisation. Reviendra ensuite à la Commission européenne la lourde tâche de soumettre une proposition sur le renouvellement de l’autorisation du glyphosate aux Conseil et Parlement européens, de préférence avant décembre 2022.

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